Short story
Deux cortèges
A union railway worker and his climate-activist daughter in Rennes mock each other's protests, until both marches meet on the same day.
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Words to know (12)
- le cortège · procession, march
- syndiqué · union member
- sécher les cours · to skip classes
- le dérèglement climatique · climate disruption
- l'affrontement · confrontation
- la pancarte · placard, sign
- la chasuble · tabard, bib
- déboucher · to emerge (from a street)
- le cheminot · railway worker
- à pleins poumons · at the top of one's lungs
- l'averse · downpour
- s'y mettre · to get down to it
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Chez les Le Bihan, à Rennes, on manifestait de père en fille, mais jamais pour les mêmes raisons. Patrick, cinquante-quatre ans, contrôleur à la SNCF et depuis ses vingt ans, n'avait pas raté une grève depuis 1995. Il en parlait comme d'autres parlent de leurs campagnes militaires. Louise, dix-sept ans, en terminale, les cours un vendredi par mois pour aller réclamer, avec des milliers de lycéens, que l'on prenne enfin au sérieux le climatique.
Au dîner, la discussion tournait souvent à Patrick trouvait les marches pour le climat sympathiques mais naïves. « Vous défilez avec des rigolotes, et après ? Qu'est-ce que vous obtenez ? Nous, quand on fait grève, les trains s'arrêtent, et là, le gouvernement écoute. » Louise répliquait que le syndicalisme de son père appartenait au siècle dernier : « Vous vous battez pour vos salaires pendant que la planète brûle. À quoi ça sert, une retraite, s'il n'y a plus d'eau ? » Sa mère, infirmière, finissait généralement par confisquer le pain pour obtenir le silence.
Un samedi de printemps, le hasard du calendrier a voulu que les deux mouvements appellent à manifester le même jour, à la même heure. Les syndicats protestaient contre la fermeture de plusieurs petites lignes ferroviaires en Bretagne ; les jeunes, contre l'élargissement d'une route nationale. Les deux devaient partir de deux places différentes et se retrouver, sans que personne l'ait vraiment prévu, devant la préfecture.
Patrick marchait en tête, orange sur le dos, mégaphone à la main. Sous ses yeux, le des lycéens a d'une rue perpendiculaire : des milliers de jeunes avec des banderoles peintes à la main, des tambours, des déguisements d'ours polaire. Les deux foules se sont arrêtées net, face à face, un peu méfiantes. Puis, au milieu du silence, une voix de jeune fille a crié dans un mégaphone : « Moins de routes, plus de trains ! » C'était Louise.
Il y a eu une seconde de flottement. Puis un vieux moustachu, à côté de Patrick, a repris le slogan à pleins Les autres ont suivi et, en quelques minutes, les deux n'en formaient plus qu'un. Les lycéens chantaient avec les syndicalistes, et les syndicalistes prêtaient leurs gilets aux lycéens trempés par une soudaine. Patrick s'est retrouvé à côté de sa fille sans trop savoir comment, ne sachant pas s'il devait la gronder ou la féliciter.
Ce soir-là, au dîner, personne n'a parlé pendant un long moment. C'est Patrick qui a rompu le silence. Il a reconnu que, pour la première fois, il avait vu le lien entre ses trains et le climat : une ligne fermée, ce sont des centaines de voitures en plus sur les routes. Louise, de son côté, a admis que les grévistes savaient faire quelque chose que les lycéens ignoraient : tenir dans la durée, s'organiser, négocier. « Vous, vous savez bloquer, a-t-elle dit. Nous, on sait faire du bruit. Il faudrait peut-être qu'on s'y ensemble. »
Le mois suivant, au local du syndicat, une affiche est apparue à côté des vieilles photos de 1995. Elle avait été peinte à la main et représentait un train fleuri traversant la campagne bretonne, avec cette inscription : « Le climat, c'est aussi une question sociale ». Patrick prétend qu'il ne sait pas qui l'a accrochée. Sa femme, elle, a remarqué qu'il avait de la peinture verte sous les ongles.
Comprehension check
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1. What did Patrick think of the climate marches?
2. What were the two marches protesting against?
3. What did Louise admit the strikers knew how to do?
4. What clue suggests Patrick painted the poster?