Short story
La clé d'Oran
A young woman travels to Oran with the key to the flat her grandmother's family left in 1962.
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Words to know (12)
- délavé, délavée · faded
- fermer à double tour · to double-lock
- à demi-mot · by hints, without saying it outright
- confier · to entrust
- le fer forgé · wrought iron
- dévisager · to stare at, to look someone up and down
- bafouiller · to stammer
- le cordonnier · shoemaker, cobbler
- emménager · to move in
- le carrelage · tiled floor, tiles
- la poupée de chiffon · rag doll
- la traversée · (sea) crossing
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Toute sa vie, Paulette Camilleri avait gardé une clé dans le tiroir de sa table de nuit. Une grosse clé en fer, un peu rouillée, attachée à un ruban rouge C'était la clé de l'appartement de la rue d'Arzew, à Oran, que sa famille avait quitté un matin de juin 1962, avec deux valises et un panier de pêches, pour monter sur un bateau bondé à destination de Marseille. « On reviendra dans quelques mois », avait dit son père en fermant la porte à double Ils n'étaient jamais revenus.
Sa petite-fille Anaïs avait grandi avec Oran comme on grandit avec un pays de légende : la mer qui brillait au bout de la rue, les brochettes du dimanche, les voisins arabes, juifs, espagnols et maltais qui s'invitaient pour les fêtes des uns et des autres. Elle avait aussi grandi avec les silences, la guerre qu'on n'évoquait qu'à À trente ans, elle a décidé d'y aller. Paulette, à soixante-dix ans passés et le cœur fragile, ne pouvait plus voyager. Elle lui a la clé.
Oran l'a surprise : plus grande, plus bruyante, plus vivante que dans les récits de sa grand-mère, mais étrangement familière. La rue d'Arzew portait désormais le nom de Larbi Ben M'hidi. L'immeuble était toujours là, avec ses balcons en fer et sa façade fatiguée. Au troisième étage, un nom sur la porte : Benali. Anaïs est restée longtemps devant, la clé dans la poche, sans oser sonner.
C'est la porte qui s'est ouverte toute seule. Une vieille dame qui revenait du marché l'a avec méfiance, puis avec curiosité. Anaïs a une explication. La vieille dame a posé son panier. « Camilleri ? La fille du ? La petite Paulette, avec ses tresses ? » Elle s'appelait Fatima Benali. En 1962, elle avait dix ans et habitait l'immeuble d'en face. Sa famille avait dans l'appartement vide quelques semaines après le départ des Camilleri.
Fatima l'a fait entrer, a préparé du thé à la menthe et lui a fait visiter l'appartement comme on présente un membre de la famille. Le n'avait pas changé, ni la vue sur la mer, à peine visible entre deux immeubles neufs. Dans la cuisine, Anaïs a reconnu le placard bleu dont sa grand-mère parlait toujours. Fatima a souri : à leur arrivée, ils avaient trouvé au fond de ce placard une poupée de et elle l'avait gardée. Elle est allée la chercher. Anaïs connaissait son nom : Mireille. Paulette l'avait réclamée pendant toute la
Le soir même, Anaïs a appelé sa grand-mère en vidéo depuis le salon des Benali. Il y a d'abord eu un long silence, de part et d'autre de la Méditerranée. Puis Paulette a dit « Fatima ? », et Fatima a dit « Paulette ? », et pendant une heure, deux vieilles dames ont parlé de voisins morts depuis longtemps, d'un marchand de glaces, d'un chien qui aboyait la nuit, en riant et en pleurant à la fois.
Avant de partir, Anaïs a essayé la clé dans la serrure. Elle n'entrait même pas : la serrure avait été changée depuis des décennies. Elle a voulu la reprendre, mais Fatima l'a arrêtée. « Laisse-la ici. Ta grand-mère l'a gardée soixante ans. Maintenant, c'est à moi de la garder pour elle. » La clé est accrochée dans l'entrée, à côté du miroir. Et à Marseille, sur la table de nuit de Paulette, il y a une poupée de qui a enfin terminé sa
Comprehension check
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1. What did Paulette's father say when the family left Oran?
2. Who was Fatima Benali?
3. What had Fatima kept since 1962?
4. What happened to the key in the end?