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Short story

Le corbeau de Saint-Aubin

Anonymous letters are poisoning a Burgundy village, and a retired gendarme reluctantly agrees to find out who is writing them.

Tap a dotted word for its meaning.

Words to know (12)
  • le corbeau · poison-pen letter writer (literally: crow)
  • quadrillé, quadrillée · squared (paper)
  • regarder de travers · to look askance at
  • se représenter · to stand again (in an election)
  • à contrecœur · reluctantly
  • surélevé, surélevée · raised
  • un indice · clue
  • la housse · (dust) cover
  • l'infarctus · heart attack
  • lever le pied · to slow down, to take it easy
  • le mandat · term of office
  • la belote · belote (a French card game)

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À Saint-Aubin, trois cents habitants, une église romane et un seul café, la première lettre est arrivée un lundi de février. Elle était adressée au boucher, tapée à la machine sur du papier et elle disait simplement : « Tout le village sait que ton bœuf charolais vient de l'Allier. » Le boucher l'a déchirée en riant. Le mardi, la boulangère en a reçu une autre. Le mercredi, le curé. À la fin du mois, il y en avait eu dix-sept, et plus personne ne riait.

Ce qui rendait les lettres insupportables, ce n'était pas qu'elles mentaient : c'était qu'elles disaient vrai. Chacune révélait un petit secret, jamais bien grave, mais toujours exact. Le village s'est mis à se regarder de On fermait les volets plus tôt. Au café, les conversations s'arrêtaient dès que quelqu'un entrait. Le maire, Jean-Claude Pernot, qui se aux municipales de mars, a fini par aller sonner chez Martine Roux.

Martine avait passé trente ans dans la gendarmerie avant de prendre sa retraite à Saint-Aubin, dans la maison de ses parents. Elle a accepté, à de jeter un coup d'œil. Elle a étalé les dix-sept lettres sur la table de sa cuisine et les a examinées pendant une soirée entière. Trois détails l'ont frappée. Aucune ne portait de timbre : elles avaient toutes été glissées directement dans les boîtes aux lettres, la nuit. Le « e » de la machine à écrire était légèrement Et toutes les lettres sentaient vaguement l'anis.

L'anis, à quinze kilomètres de Flavigny, la capitale des petits bonbons à l'anis, ce n'était pas vraiment un  : la moitié du canton en avait dans ses poches. Mais deux autres choses intriguaient Martine. Au village, presque plus personne ne possédait de machine à écrire. Et sur les dix-sept lettres, aucune n'était adressée au maire, alors que tout le monde savait qu'il avait au moins autant de petits secrets que les autres.

Il a suffi d'une visite. Germaine Pernot, la mère du maire, quatre-vingt-onze ans, avait été secrétaire de mairie pendant quarante ans. Elle a reçu Martine dans sa cuisine, lui a offert une boîte de bonbons à l'anis, et quand Martine a demandé à voir le grenier, elle n'a pas protesté. La vieille machine était là, sous une avec son « e » qui sautait. Germaine s'est assise et a croisé les mains. « Je me demandais combien de temps il vous faudrait. »

Son fils avait fait un l'année précédente. Le médecin lui avait ordonné de lever le mais il s'obstinait à se présenter pour un quatrième « Il ne m'écoute pas. Il n'écoute personne. Alors je me suis dit que si le village était assez en colère contre lui, il perdrait. Et qu'au moins, il resterait en vie. » Elle avait choisi des secrets sans gravité, a-t-elle précisé, « pas les vrais ». Elle les connaissait tous : pendant quarante ans, tout le village était passé par son bureau.

Martine n'a pas porté plainte. Elle est allée voir le maire, seule, et elle lui a tout raconté. Jean-Claude Pernot a écouté sans l'interrompre, puis il est resté un long moment silencieux, à regarder par la fenêtre. Le lendemain, il a annoncé qu'il ne se pas, « pour raisons de santé ». Le soir même, une dernière lettre est arrivée dans toutes les boîtes du village, tapée à la machine, avec un « e » qui sautait : « C'est fini. Pardon à tous. Et votez bien. »

Personne n'a jamais su qui était le à part trois personnes. Jean-Claude a maintenant le temps d'aller à la pêche. Et le jeudi après-midi, on peut voir une ancienne gendarme et une ancienne secrétaire de mairie jouer à la dans une cuisine qui sent l'anis, en disant du mal de tout le monde.

Comprehension check

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1. What made the anonymous letters so hard to bear?

2. Which clue did Martine find most telling?

3. Why did Germaine write the letters?

4. How did the affair end?