Short story
La montre du Doubs
A watchmaker in the Swiss Jura is asked to repair a pocket watch that stopped in 1943, and its story leads back to her own family.
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Words to know (12)
- l'établi · workbench
- le passeur · people smuggler, guide (across a border)
- grelotter · to shiver
- le boîtier · (watch) case
- le poinçon · hallmark
- l'enseigne · shop sign
- la contrebande · smuggling
- le gué · ford
- le douanier · customs officer
- le réfractaire · draft dodger, someone refusing forced labor
- le ressort · spring (mainspring)
- remonter · to wind (up)
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Dans l'atelier de la rue du Temple, au Locle, Noémie Jeanneret réparait des montres anciennes depuis huit ans, et elle avait appris à ne plus s'étonner de rien. Pourtant, quand le vieux monsieur a posé sur une montre de poche en argent, toute cabossée, et qu'il a dit « Elle ne marche plus depuis 1943 », elle a levé les yeux de sa loupe.
Il s'appelait Henri Weill, il avait nonante ans et il habitait Strasbourg. À neuf ans, en novembre 1943, il avait passé clandestinement la frontière franco-suisse avec sa mère et sa petite sœur, de nuit, en traversant le Doubs. Leur était une femme dont il n'avait jamais su le nom. Au moment de se séparer, de l'autre côté de la rivière, elle avait donné cette montre à l'enfant, qui « Pour que tu saches combien de temps il faut encore être courageux », avait-elle dit. Il voulait la faire réparer avant de mourir. Et, si possible, savoir qui elle était.
Noémie a ouvert le À l'intérieur du couvercle, il y avait un qu'elle connaissait par cœur, parce qu'il figurait sur de l'atelier où elle se trouvait : un J et un sapin. La montre avait été fabriquée ici même, dans les années trente, par son arrière-grand-père, Albert Jeanneret.
Le soir, elle a fouillé dans les registres de l'atelier, entassés dans une armoire depuis trois générations. Albert y avait tout noté : les numéros de série, les clients, les réparations. La montre d'Henri n'avait jamais été vendue. À côté de son numéro, une main différente, plus fine, avait inscrit au crayon : « Donnée par M. Doubs, nov. 43. » Noémie a reconnu l'écriture. C'était celle de son arrière-grand-mère Marthe, qui tenait la comptabilité.
La grand-mère de Noémie, quatre-vingt-quatre ans, n'a pas été surprise du tout. « Ah, tu as trouvé. » Pendant la guerre, a-t-elle raconté, comme beaucoup de gens de la région, Marthe faisait de la : elle passait des montres en France, cachées dans des bidons de lait, et elle rapportait du tabac et du sucre. Elle connaissait chaque sentier, chaque chaque À partir de 1942, elle s'était mise à faire passer autre chose dans l'autre sens : des gens. Des familles juives, des des enfants. « Elle disait que c'était comme les montres, en plus lourd. »
Personne, dans la famille, n'en parlait. Marthe elle-même avait toujours refusé qu'on en fasse une histoire. Après la guerre, elle avait repris la comptabilité, et elle était morte en 1981 sans avoir jamais été décorée. « De toute façon, a dit la grand-mère, elle aurait renvoyé la médaille. Ou elle l'aurait revendue en France. »
Noémie a passé trois semaines sur la montre. Elle a remplacé le nettoyé le mouvement, redressé le sans effacer tout à fait les bosses, parce qu'elles faisaient partie de l'histoire. Quand Henri Weill est revenu, elle l'a devant lui. Le tic-tac a rempli le petit atelier. Puis elle lui a montré, sur une photo jaunie, une femme en tablier qui riait, les mains sur les hanches. Le vieil homme a posé un doigt sur le visage et n'a rien dit pendant très longtemps.
Comprehension check
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1. How had Henri come to own the watch?
2. What did Noémie find inside the case?
3. What had Marthe done during the war?
4. Why didn't Noémie remove all the dents from the case?