Short story
Le carnet de Joseph
In the autumn of 1945, a young Alsatian forced into the German army comes home from a Soviet prison camp and keeps a diary.
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Words to know (12)
- peser · to weigh
- Mamme · Mum (Alsatian)
- incorporer de force · to conscript by force
- déporter · to deport
- la quetsche · damson plum (Alsace, Lorraine)
- le Boche · Kraut (offensive slang for a German)
- porté disparu · reported missing
- en vouloir à quelqu'un · to hold it against someone
- exprès · on purpose
- la baraque · hut, barracks
- la ration · ration
- réapprendre · to learn again
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14 octobre 1945. Je suis rentré hier. Le train de Strasbourg s'est arrêté à Sélestat à six heures du soir, et j'ai fait les huit derniers kilomètres à pied, parce que je voulais voir le village arriver lentement, comme dans mes rêves. Il n'a pas changé. C'est moi qui ai changé. Ma mère m'a ouvert la porte et ne m'a pas reconnu. Je quarante-neuf kilos. Elle n'a crié qu'au moment où j'ai dit « ».
16 octobre. Tout le monde veut savoir, et personne ne veut entendre. J'avais dix-huit ans en 1943 quand les Allemands nous ont de force. Si j'avais refusé, ils auraient mes parents. On m'a mis un uniforme que je détestais et on m'a envoyé en Russie. Puis il y a eu la capture, et le camp de Tambov, où les Russes ne faisaient pas la différence entre un Alsacien et un Allemand. Deux ans de faim. Je n'arrive pas à raconter ça à table, entre le pot-au-feu et la tarte aux
22 octobre. Au café, hier, un homme que je ne connais pas, un réfugié installé au village pendant mon absence, m'a appelé « le ». Personne n'a rien dit. J'ai payé ma bière et je suis sorti. En Russie, j'étais un Français en uniforme allemand. Ici, je suis un Alsacien qui a porté cet uniforme. Je ne sais plus très bien où est ma place.
3 novembre. J'ai vu Lisette à la sortie de la messe. Elle s'est mariée en 1944, avec le fils du boulanger. Elle m'a attendu, paraît-il, jusqu'à ce que la mairie annonce que j'étais porté Je ne lui en pas. Je ne lui en vraiment pas. J'aurais seulement préféré qu'elle ne pleure pas en me voyant.
20 novembre. Ma petite sœur Marie, qui a onze ans, a décidé de s'occuper de moi. Elle vient s'asseoir près de moi le soir et me fait réciter ses leçons de français. C'est drôle : sous les Allemands, le français était interdit à l'école, et en Russie, je n'ai parlé que l'alsacien avec les copains. Je cherche mes mots comme un étranger. Marie me corrige avec beaucoup de sérieux. Hier, je me suis trompé sur un subjonctif pour la faire rire, et c'est moi qui ai ri le premier. J'avais oublié ce bruit-là.
8 décembre. Une lettre est arrivée de Metz. C'est René, mon camarade de à Tambov. Pendant l'hiver 1944, il avait de la fièvre et je lui ai donné ma de pain pendant une semaine. Je l'avais oublié ; lui, non. Il écrit qu'il a retrouvé du travail aux chemins de fer, et qu'il voudrait venir me voir à Noël, avec sa sœur, « qui a très envie de connaître celui qui m'a sauvé la vie ».
26 décembre. René et sa sœur Odile sont repartis ce matin. Nous avons parlé de Tambov pendant des heures, René et moi, pour la première fois, devant ma mère qui a tout écouté sans pleurer. Odile, elle, ne disait pas grand-chose, mais elle riait aux mêmes moments que Marie. Avant de partir, elle m'a demandé si je savais écrire des lettres. J'ai répondu que j'allais Je crois que c'est la première fois depuis deux ans que j'ai envie de quelque chose.
Comprehension check
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1. Why didn't Joseph's mother recognize him?
2. Why had Joseph served in the German army?
3. How does Marie help her brother?
4. Who is René?