Short story
Le soir de la rue Gay-Lussac
A history student finds an archive photo from May 1968 that contradicts her grandfather's favorite story.
Tap a dotted word for its meaning.
Words to know (12)
- le pavé · paving stone, cobblestone
- arracher · to tear up, to rip out
- lacrymogène · tear-gas (adj.)
- le mémoire · dissertation, thesis
- la matraque · baton, truncheon
- décollé, décollée · sticking out (oreilles décollées: sticking-out ears)
- la fossette · dimple
- comme si de rien n'était · as if nothing were happening
- interpeller · to arrest, to detain (police)
- le porche · doorway, porch
- hausser les épaules · to shrug
- la cicatrice · scar
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Depuis qu'elle était toute petite, Lina connaissait par cœur l'histoire de son grand-père. Dans la nuit du 10 au 11 mai 1968, Gérard avait vingt-deux ans et il était sur les barricades de la rue Gay-Lussac, au cœur du Quartier latin. Il racontait les les grenades les voitures renversées, la fumée qui piquait les yeux jusqu'à l'aube. À chaque repas de famille, quelqu'un finissait par lui demander de la raconter encore, et il se faisait prier, juste ce qu'il fallait.
C'est en préparant son de master que Lina est tombée sur la photo. Elle travaillait sur les images de Mai 68 conservées dans un fonds d'archives, et elle feuilletait des tirages en noir et blanc quand un visage l'a arrêtée net. Un jeune homme casqué, à la main, debout devant un car de CRS. Les mêmes oreilles la même au menton. Au dos, le photographe avait noté : « Rue Gay-Lussac, 11 mai, 2 h du matin. »
Elle a passé la semaine à se convaincre qu'elle se trompait. Puis, le dimanche, elle a posé la photocopie à côté de l'assiette de son grand-père, entre le gigot et les flageolets. Gérard l'a regardée un long moment. Sa grand-mère, Françoise, a continué à servir les haricots comme si de rien
« Eh bien oui, a-t-il fini par dire. J'y étais. Mais pas du côté que tu croyais. » Il venait d'un village du Cantal, il avait passé un concours parce que c'était un emploi stable, et il s'était retrouvé à Paris, à vingt-deux ans, face à des étudiants de son âge qui le traitaient de tous les noms. « J'avais peur, Lina. Eux aussi, sans doute. On avait tous peur, et on faisait semblant du contraire. »
Vers trois heures, alors que la rue était noyée de gaz, il avait vu une jeune fille tomber, le front ouvert par un éclat. Ses camarades s'étaient dispersés. Au lieu de il l'avait aidée à se relever, il l'avait conduite sous un et il lui avait tendu son mouchoir et sa gourde. Elle l'avait insulté, puis elle avait bu, puis elle lui avait demandé son prénom.
« Et pourquoi tu as inventé les barricades ? » a demandé Lina. Il a les épaules. Quelques années plus tard, il avait quitté la police pour devenir instituteur. Dans les dîners des années soixante-dix, avouer qu'on avait été CRS en Mai 68, c'était se condamner à manger seul. Alors il avait changé de camp, au moins dans ses récits. « Et puis, avec le temps, j'ai fini par y croire moi-même. »
Lina s'est tournée vers sa grand-mère, qui souriait en reposant le plat. « Tu le savais, toi ? » Françoise a écarté sa frange et lui a montré une petite blanche, juste à la naissance des cheveux. « Bien sûr que je le savais, ma chérie. C'est moi, la fille du Pourquoi crois-tu que je l'ai épousé ? De toute cette nuit-là, c'est le seul qui m'ait demandé comment j'allais. »
Comprehension check
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1. What story had Gérard always told about May 1968?
2. What did the archive photo show?
3. Why had Gérard invented his story?
4. Who was the injured girl Gérard helped?