Short story
Les lettres du Robert
Interviewing her Martinican grandmother for a school project on migration, a teenager finds a bundle of letters from a forgotten fiancé.
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Words to know (12)
- l'exposé · (school) presentation
- la solution de facilité · the easy way out
- boucler · to wrap up, to finish
- le centre de tri · (mail) sorting office
- la passerelle · gangway, (aircraft) steps
- la buée · steam, condensation (of breath)
- le foyer · hostel
- la gêne · embarrassment
- le cachet de la poste · postmark
- se taire · to keep quiet
- se racler la gorge · to clear one's throat
- cacheté, cachetée · sealed
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Pour son d'histoire sur les migrations, Maëlle, seize ans, avait choisi la solution de : interviewer sa grand-mère. Josette Clairville était arrivée de Martinique en 1964, à dix-neuf ans, grâce au BUMIDOM, un organisme créé par l'État pour faire venir en métropole des jeunes des départements d'outre-mer. Elle avait ensuite travaillé trente-sept ans aux PTT, dans un centre de parisien. Maëlle pensait l'affaire en un après-midi.
Josette a parlé pendant trois heures. Elle a raconté l'arrivée à Orly en octobre, le froid qui l'avait saisie dès la la première fois qu'elle avait vu la sortir de sa propre bouche. Le de jeunes filles où l'on éteignait les lumières à vingt-deux heures. Les nuits au centre de les sacs de courrier qu'il fallait vider avant l'aube. Les petites annonces de logement où l'on précisait, sans aucune qu'on ne voulait pas de « gens de couleur ». Elle devait rentrer au pays au bout de cinq ans. Elle n'était jamais rentrée.
C'est en cherchant des photos dans une boîte en carton que Maëlle a trouvé le paquet de lettres, noué d'un ruban bleu. Toutes portaient le de la poste de Fort-de-France, et toutes étaient signées « Raymond ». Quand elle les a montrées à sa grand-mère, le sourire de Josette a changé. Raymond, fils de pêcheur au Robert, était son fiancé. Il avait promis de la rejoindre dans un an, le temps de mettre un peu d'argent de côté. Il lui avait écrit chaque semaine pendant deux ans.
« Et après ? a demandé Maëlle. — Après, c'est moi qui ai arrêté de répondre. » Josette a lissé le ruban entre ses doigts. Elle avait eu honte, a-t-elle expliqué. Honte de la chambre minuscule, du froid, des regards dans le métro. Elle ne voulait ni mentir à Raymond ni lui avouer qu'elle était malheureuse. Alors elle s'était en se disant qu'elle répondrait plus tard, quand les choses iraient mieux. Les choses étaient allées mieux, mais trop tard : entre-temps, elle avait rencontré un jeune Breton du centre de « qui avait aussi froid que moi ».
Dans le fauteuil, le jeune Breton en question, qui avait aujourd'hui quatre-vingt-trois ans et qui faisait semblant de dormir devant la télévision, s'est la gorge sans ouvrir les yeux.
Maëlle a remarqué alors que les quatre dernières enveloppes étaient encore « Tu ne les as jamais lues ? » Josette a secoué la tête. Elle n'avait pas eu le courage. Après un long silence, elle a tendu la dernière à sa petite-fille. « Lis-la, toi. Moi, je n'y arrive pas. » La lettre datait de mars 1967. Elle était très courte. « Si tu ne réponds plus, Josette, je comprendrai que tu es heureuse là-bas. C'est tout ce que je te souhaite. Ne t'inquiète pas pour moi. »
Personne n'a rien dit pendant un moment. Puis le grand-père a ouvert les yeux. « Il avait raison, ce garçon. Elle était heureuse. Enfin, elle le serait devenue de toute façon, avec ou sans moi. » Josette a ri à travers ses larmes. Maëlle a eu dix-huit sur vingt à son qu'elle avait intitulé « Ceux qui partent et ceux qui attendent ». Le soir même, elle a cherché sur internet un certain Raymond, au Robert. Mais ça, c'est une autre histoire.
Comprehension check
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1. What was the BUMIDOM?
2. What does Josette remember about arriving at Orly?
3. Why did the correspondence with Raymond stop?
4. What did Raymond's last letter say?