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Short story

Les poubelles de la rue Paradis

Fed up with a rubbish collectors' strike in Marseille, a retired teacher goes to the depot to give the strikers a piece of her mind.

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Words to know (11)
  • le goéland · seagull
  • l'éboueur · bin collector
  • dire ses quatre vérités à quelqu'un · to give someone a piece of one's mind
  • prendre en otage · to hold hostage
  • la banderole · banner
  • le gaillard · strapping fellow
  • la tournée · round (collection route)
  • de gaieté de cœur · gladly, for the fun of it
  • le fainéant · layabout
  • ménager · to spare, to go easy on
  • le feutre · felt-tip pen

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Au neuvième jour de la grève, les sacs-poubelle formaient sur le trottoir de la rue Paradis un mur qui montait jusqu'aux boîtes aux lettres. Avec la chaleur de juin, l'odeur s'infiltrait partout, même à travers les volets fermés. Les eux, n'avaient jamais été aussi heureux. Odette Marchetti, soixante-quatorze ans, ancienne professeure de lettres, a décidé qu'elle en avait assez.

Elle a d'abord écrit à la mairie, puis à la métropole, puis au journal local. Personne ne lui a répondu, sinon par un courriel automatique qui la remerciait de sa patience. Alors, un matin, elle a mis son chapeau de paille, elle a pris le bus et elle s'est rendue au dépôt des au fond d'une zone industrielle des quartiers nord, bien décidée à dire leurs quatre à ces gens qui prenaient la ville en

Devant le portail, une vingtaine d'hommes et quelques femmes étaient assis sur des chaises de camping, sous une  : « Nos dos ne sont pas à vendre ». Odette s'est plantée devant eux et a prononcé le discours qu'elle avait répété dans le bus. Elle a parlé des rats, des enfants, des touristes, de l'image de Marseille. On l'a écoutée sans l'interrompre. Puis un grand d'une cinquantaine d'années s'est levé et lui a tendu une chaise.

Il s'appelait Karim et il ramassait les poubelles du centre-ville depuis vingt-six ans. Il lui a expliqué, sans élever la voix, que la nouvelle direction voulait supprimer une équipe sur trois tout en gardant le même nombre de rues à nettoyer. Que les commençaient à quatre heures du matin et qu'on courait derrière le camion pendant six heures. Qu'à cinquante ans, la plupart de ses collègues s'étaient déjà fait opérer du dos ou des genoux. « On ne fait pas grève de de cœur, madame. Croyez-moi, on préférerait que vous nous aimiez. »

Odette est restée là deux heures. Elle a appris que le plus jeune, Sofiane, suivait des études d'histoire le soir ; qu'une collègue, Nathalie, élevait seule trois enfants ; que la plupart n'avaient jamais été invités à boire un café par un habitant des quartiers qu'ils nettoyaient chaque nuit. En rentrant, elle a regardé les montagnes de sacs autrement. Elle était toujours en colère, mais plus tout à fait contre les mêmes personnes.

Le lendemain, elle est revenue avec deux thermos de café et un gâteau aux amandes. Le surlendemain, elle a rédigé une pétition, avec la rigueur d'une ancienne correctrice du bac, pour exiger que les négociations reprennent sans délai. En une semaine, elle avait recueilli trois mille signatures, dont celles du boucher, du curé et du patron du bar d'en face, qui jusque-là traitait les grévistes de

La grève s'est terminée au bout de dix-sept jours, sur un compromis : deux équipes au lieu de trois, mais des camions équipés d'un bras mécanique pour les dos. La nuit suivante, les camions sont repassés rue Paradis. Au petit matin, Odette a trouvé dans sa boîte aux lettres un mot écrit au sur un morceau de carton : « Merci pour le café, madame la professeure. Le trottoir est propre. Signé : l'équipe de nuit. » Elle l'a fait encadrer.

Comprehension check

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1. Why did Odette go to the depot?

2. According to Karim, what did the new management want?

3. How had Odette's feelings changed after two hours with the strikers?

4. What did the night team leave in Odette's letterbox?