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Short story

Mamie Josette, deux millions d'abonnés

A Toulouse grandmother becomes an internet star while making her cassoulet, and a frozen-food brand comes knocking.

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Words to know (11)
  • noueux · gnarled
  • bougon · grumpy
  • affluer · to pour in, to flood in
  • étoilé · Michelin-starred
  • hausser les épaules · to shrug
  • rassis · stale
  • gronder · to scold, to grumble
  • pâlir · to turn pale
  • renifler · to sniff
  • recracher · to spit out
  • les recettes · takings, income

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Tout a commencé un dimanche de pluie, à Toulouse. Léa, vingt-deux ans, étudiante en communication, s'ennuyait chez sa grand-mère pendant que celle-ci préparait son cassoulet, comme chaque premier dimanche du mois depuis 1971. Pour passer le temps, Léa a filmé Josette avec son téléphone : ses mains qui écrasaient l'ail, ses commentaires sur les haricots « qu'on vend aujourd'hui et qui n'ont plus de goût », et sa colère sincère lorsque Léa a osé demander si l'on pouvait remplacer la saucisse par du tofu.

« Du tofu ? Dans un cassoulet ? Ma pauvre fille, autant mettre de la confiture dans la soupe ! » Léa a monté la vidéo dans le métro, a ajouté des sous-titres et l'a publiée sans réfléchir. Le lendemain matin, elle avait été vue trois cent mille fois. Le surlendemain, deux millions. Les commentaires de partout : du Québec, de Belgique, de Dakar, et même d'un chef qui demandait humblement à Josette le temps de cuisson exact de ses haricots.

Josette, elle, n'y comprenait rien. Elle n'avait pas de smartphone et confondait encore Internet avec la télévision. Quand Léa lui a montré le nombre d'abonnés, elle a les épaules : « Deux millions de personnes qui me regardent écraser de l'ail ? Ils n'ont rien d'autre à faire, ces gens-là ? » Pourtant, elle a accepté de tourner une deuxième vidéo, puis une troisième, à condition qu'on ne la maquille pas et qu'on la laisse dire ce qu'elle pensait.

Et elle en disait, des choses. Sur les plats préparés, qu'elle qualifiait de « nourriture pour astronautes ». Sur les jeunes qui photographient leur assiette au lieu de la manger chaude. Sur les gens qui gaspillent : « Le pain ça se met dans la soupe, pas à la poubelle ! » Plus elle plus les internautes l'adoraient. Les adolescents l'appelaient « la reine du cassoulet » et reprenaient ses expressions dans leurs propres vidéos.

Inévitablement, les marques se sont manifestées. Une entreprise de plats cuisinés a proposé une somme qui a fait Léa : il suffisait que Josette goûte leur cassoulet en conserve devant la caméra et déclare qu'il était « presque aussi bon que le sien ». Léa, qui avait un prêt étudiant à rembourser, a présenté l'offre avec beaucoup de précautions, en insistant sur le fait qu'il ne s'agissait que d'une petite phrase.

Josette a écouté jusqu'au bout, puis elle a ouvert la boîte que l'entreprise avait envoyée. Elle a le contenu, l'a goûté du bout de la cuillère et l'a dans l'évier. « Ma chérie, a-t-elle dit, je veux bien qu'on rie de moi, mais je ne mentirai pas pour de l'argent. Si tu as besoin d'argent, on va en gagner honnêtement. »

Trois mois plus tard, Josette et Léa animaient chaque samedi, dans la salle des fêtes du quartier, un atelier de cuisine payant pour les touristes et les étudiants. Les places partaient en dix minutes. Les servaient à payer les études de Léa et à offrir un repas, le dimanche, aux personnes âgées isolées du quartier. Josette tenait elle-même les comptes dans un cahier d'écolier. Et quand un journaliste lui a demandé le secret de son succès, elle a simplement répondu : « Du temps, du gras et de la mauvaise humeur. »

Comprehension check

0/4 answered

1. What made Josette angry in the first video?

2. On what condition did Josette agree to make more videos?

3. What did the company ask Josette to do?

4. How did Josette and Léa end up earning money?