Short story
Partir à la campagne
A Parisian couple moves to a hamlet in the Creuse, where the locals keep their distance until the village school is threatened.
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Words to know (11)
- bondé · packed, crowded
- la longère · long, low farmhouse
- le hameau · hamlet
- le sourcier · water diviner
- l'éleveur · livestock farmer
- la gelée · frost
- tardif · late
- l'académie · regional education authority
- immatriculé · registered (car number plate)
- la rentrée · first day back at school
- le plant · seedling
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Quand Inès et Julien ont annoncé à leurs amis de Montreuil qu'ils partaient s'installer dans la Creuse, la réaction a été unanime : « Mais il n'y a rien, là-bas ! » C'était précisément ce qu'ils cherchaient. Après deux ans de confinements, de loyers qui s'envolaient et de trajets en RER ils rêvaient d'un jardin, d'un ciel où l'on voie les étoiles et d'une vie où leurs enfants, Malik et Rose, puissent jouer dehors sans être surveillés en permanence.
Ils ont trouvé une en pierre, dans un à vingt kilomètres de Guéret, pour le prix d'un studio parisien. Julien, développeur, pouvait travailler à distance ; Inès, graphiste indépendante, aussi, du moins en théorie. Car dans la pratique, la fibre promise par l'agence immobilière n'arrivait pas, et la connexion était si lente que Julien devait monter sur la colline derrière la maison pour envoyer ses fichiers depuis son téléphone, en cherchant le réseau comme un cherche de l'eau.
L'accueil des habitants a été poli, mais réservé. Au bar-tabac, le seul commerce encore ouvert, les conversations s'arrêtaient quand ils entraient. On les appelait « les Parisiens », bien que Julien soit né à Limoges. Leur voisin, Raymond, un de vaches limousines, les regardait planter leur potager avec un mélange de curiosité et de pitié. « Des tomates au mois d'avril ? Vous verrez bien », s'était-il contenté de dire. Trois semaines plus tard, une les avait toutes tuées.
Puis, au printemps, une nouvelle est tombée : envisageait de fermer l'une des deux classes de l'école communale. Il n'y avait plus que dix-neuf élèves, et il en fallait au moins vingt-deux pour la maintenir. Malik et Rose avaient déjà été comptés. Sans trois enfants supplémentaires, les petits seraient regroupés avec les grands, et dans quelques années, l'école entière risquait de disparaître, comme la boulangerie et la poste avant elle.
Ce soir-là, Inès a fait ce qu'elle savait faire de mieux : une affiche. Elle a dessiné le village, la rivière, l'école aux volets bleus, et elle a écrit en gros : « Télétravailleurs, on vous attend ! Maisons à prix doux, ciel étoilé garanti, fibre... bientôt. » Julien l'a publiée sur les réseaux sociaux, en pensant que cela ferait sourire trois personnes. En quarante-huit heures, le message avait été partagé plus de vingt mille fois.
Tout l'été, des voitures en Île-de-France, en Gironde ou dans le Nord ont traversé le au ralenti. La plupart des visiteurs repartaient, découragés par l'absence de supermarché, mais deux familles sont restées : un couple d'infirmiers lillois avec des jumeaux, et une traductrice venue de Bordeaux avec sa fille. En septembre, l'école comptait vingt-trois élèves. La classe était sauvée.
Le jour de la Raymond s'est arrêté devant la grille, son chien sur les talons. Il a regardé longtemps les enfants courir dans la cour, puis il s'est tourné vers Inès. « Mes petits-enfants sont à Lyon, a-t-il dit. Ça faisait longtemps que je n'avais pas entendu autant de bruit ici. » Puis, après un silence : « Pour vos tomates, l'année prochaine, attendez la mi-mai. Je vous donnerai des » Venant de lui, c'était presque une déclaration d'amour.
Comprehension check
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1. How did Julien manage to send his files at first?
2. What happened to the couple's first tomatoes?
3. Why was one of the school's classes threatened?
4. What does Raymond's offer at the end show?