Deep End
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Short story

Joyeux anniversaire, Lou

An Instagram mother in Annecy stages her daughter's fifth birthday for her forty-eight thousand followers.

Tap a dotted word for its meaning.

Words to know (11)
  • l'abonné · follower, subscriber
  • le tournage · film shoot
  • la sauge · sage (color, plant)
  • le fanion · small flag, pennant
  • trié sur le volet · hand-picked
  • renfrogné · sulky, scowling
  • dénouer · to untie
  • la pensée · pansy (flower)
  • devancer · to beat to it, to get ahead of
  • fondre en larmes · to burst into tears
  • border (un enfant) · to tuck in (a child)

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Pauline Vernet a quarante-huit mille un compte intitulé « La Vie en Lou » et une conviction : rien n'existe tout à fait tant que cela n'a pas été partagé. Sa fille Lou fête ses cinq ans ce samedi, et l'anniversaire se prépare depuis trois mois avec la rigueur d'un Une marque de jouets en bois « éthiques » fournit le décor, une pâtisserie d'Annecy le gâteau, une jeune créatrice de Talloires la robe de princesse en lin, couleur «  poudrée ». En échange, Pauline publiera. C'est ce qu'elle appelle, avec une pudeur de commerçante, des « partenariats bienveillants ».

Le jardin de la maison, au bord du lac, a été transformé en clairière de conte. Des guirlandes de pastel, un « coin lecture » en coton bio où personne ne lira, des ballons de papier recyclé qui s'envolent mal mais photographient bien. La lumière, à seize heures, sera parfaite. Pauline l'a vérifié avec une application.

Les invités arrivent à quinze heures trente : huit enfants triés sur le dont deux ont aussi des comptes, et leurs mères, qui ont compris d'instinct qu'il ne fallait pas porter de couleurs vives. Lou, elle, a passé une heure entre les mains d'une coiffeuse. Elle a des tresses couronnées de fleurs séchées et la mine d'une enfant qu'on a empêchée de se rouler dans l'herbe.

La première demi-heure se passe en répétitions. Il faut refaire l'arrivée de Lou dans le jardin, parce que Lou s'est arrêtée pour regarder un escargot. Il faut refaire l'ouverture du premier cadeau, parce que Lou l'a déchiré au lieu de lentement le ruban, ce qui est moins « slow ». Il faut refaire la ronde, deux fois. Les autres enfants commencent à comprendre qu'ils ne sont pas à une fête, mais à un travail, et l'un d'eux réclame à boire avec l'insistance d'un syndicaliste.

Arrive enfin le gâteau, un chef-d'œuvre de trois étages couvert de cristallisées. Pauline place sa fille, règle l'angle, compte jusqu'à trois. « Souffle, ma chérie ! » Lou souffle. Mais un coup de vent venu du lac la éteint les bougies avant elle et emporte deux Il faut rallumer. Lou souffle de nouveau ; Pauline n'a pas eu le temps de cadrer. Il faut rallumer encore. À la quatrième fois, Lou en larmes, le visage dans la crème, et Pauline, par réflexe professionnel, appuie sur le bouton.

C'est cette photo-là, bien sûr, qui fera le tour du réseau. Une enfant en larmes, une couronne de fleurs de travers, un gâteau ruiné, et la légende que Pauline trouve dans la soirée, après un verre de vin blanc de Savoie : « Les vrais moments ne sont pas parfaits. Ma fille m'a rappelé aujourd'hui l'essentiel. » Cent douze mille mentions « j'aime ». Des centaines de messages de mères émues. La marque de jouets en bois propose de renouveler le partenariat.

Plus tard, en sa fille, Pauline lui demande si elle a passé un bel anniversaire. Lou réfléchit, avec le sérieux des enfants de cinq ans, puis elle demande si on pourrait le refaire. Pauline sourit, attendrie, et s'apprête à dire que oui, bien sûr, l'année prochaine. Mais Lou n'a pas fini sa phrase. Elle voudrait le refaire demain, juste toutes les deux, avec un gâteau au chocolat du supermarché, dans la cuisine, « pour de vrai, sans le téléphone ».

Pauline promet. Le lendemain, elles mangent le gâteau dans la cuisine, toutes les deux, et Lou rit tellement qu'elle en a du chocolat jusqu'aux oreilles. C'est un moment parfait. Le téléphone est resté dans le tiroir, Pauline en est fière. Elle l'en sort tout de même, le soir, pour écrire un long texte sur la déconnexion. Il fait cent quarante mille mentions « j'aime ».

Comprehension check

0/4 answered

1. What are Pauline's "partenariats bienveillants" in reality?

2. Why do several scenes have to be redone?

3. What does Lou ask for at bedtime?

4. What is ironic about the ending?