Short story
La maison de Honfleur
A brother and sister clearing out their late mother's house in Normandy find a box of letters addressed to someone they have never heard of.
Tap a dotted word for its meaning.
Words to know (11)
- le perron · front steps
- l'huissier · bailiff
- la querelle · quarrel
- brodé · embroidered
- noué · tied
- timbrer · to stamp (a letter)
- le bulletin scolaire · school report
- à tour de rôle · in turn
- s'achever · to end
- né sous le secret · born to a mother whose identity is kept secret
- l'aîné · the eldest
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Ils n'étaient pas revenus ensemble dans la maison de Honfleur depuis quinze ans. Marc arriva de Lille le samedi matin, avec une camionnette de location et une liste ; Sophie arriva de Rennes le samedi midi, sans liste, avec une bouteille de cidre. Ils s'embrassèrent sur le comme on se salue entre collègues d'un même service, puis ils entrèrent dans la maison de leur mère, morte trois semaines plus tôt, et qui sentait encore la cire et le café.
Ils travaillèrent toute la journée sans presque se parler. Marc remplissait des cartons avec une efficacité ; Sophie s'asseyait au milieu des pièces et regardait chaque objet longtemps avant de le poser. Ils se disputèrent, poliment, au sujet de l'horloge de la salle à manger, puis au sujet d'un service à thé dont aucun des deux ne voulait mais que chacun refusait de laisser à l'autre. Les vieilles remontaient comme l'eau dans le sable à marée montante : qui avait été préféré, qui était parti trop tôt, qui n'avait pas appelé assez souvent.
Ce fut Sophie qui trouva la boîte, au fond de l'armoire de la chambre, sous les draps qu'on ne sortait jamais. Une boîte à chaussures d'un ruban, et dedans, des enveloppes. Il y en avait cinquante-deux. Toutes portaient la même adresse, ou plutôt l'absence d'adresse : un seul prénom, Thomas, et une date, le 14 mars, de 1972 à 2023. Aucune n'avait été Aucune n'avait été postée.
Ils ouvrirent la première ensemble, assis par terre, comme des enfants. L'écriture de leur mère y était plus ronde, plus jeune. « Mon petit Thomas, tu as un an aujourd'hui. Je ne sais pas comment s'appellent les gens qui t'ont pris, ni s'ils t'ont gardé ton prénom. Je l'espère. Je n'avais que dix-sept ans, et mon père a décidé pour moi. Je t'écrirai tous les ans, pour que tu saches, si un jour tu me cherches, que je ne t'ai jamais oublié. »
Marc se leva et alla à la fenêtre. Sophie continua de lire, une lettre, puis une autre. Elle y découvrit leurs propres vies racontées à un inconnu : la naissance de Marc, « ton petit frère, qui a ton menton » ; celle de Sophie, « une fille, enfin, qui ne dort jamais » ; les vacances à Étretat, les scolaires, le divorce, la retraite. Leur mère avait raconté à ce fils absent tout ce qu'elle ne leur avait jamais dit à eux : ses peurs, ses regrets, la fierté qu'ils lui inspiraient et qu'elle n'avait jamais su exprimer à voix haute.
« Elle était fière de toi, dit Sophie. Écoute. » Et elle lut : « Marc est devenu quelqu'un d'important à Lille. Il m'appelle peu, mais je sais qu'il pense à moi le dimanche. » Marc ne se retourna pas. Il dit seulement qu'il l'appelait le dimanche, en effet, et que c'était lui qui ne savait jamais quoi dire. Puis il dit, d'une voix qu'elle ne lui connaissait pas, que leur mère avait passé cinquante et un ans à écrire à un fantôme, et qu'ils avaient vécu à côté d'elle sans rien voir.
Ils ne remplirent plus aucun carton ce jour-là. Ils burent le cidre de Sophie dans la cuisine, en lisant à tour de les lettres à haute voix, jusqu'à la dernière, datée de mars, écrite d'une main tremblante, et qui ainsi : « Si tu lis ceci, c'est que je n'aurai pas eu le courage. Ton frère et ta sœur ne savent rien. Pardonne-leur leur ignorance ; c'est la mienne. »
Le lendemain, Marc rangea sa liste dans sa poche. Il appela, depuis le jardin, un service dont il avait trouvé le numéro sur internet et qui aidait les enfants nés sous le à retrouver leurs origines. Sophie, elle, mit la boîte dans sa voiture, puis l'en retira et la posa sur le siège passager de la camionnette de son frère. « C'est toi qui la gardes, dit-elle. Tu es » Il la regarda longtemps. « Non, répondit-il. C'est lui. » Et pour la première fois depuis quinze ans, ils rirent ensemble, d'un rire mouillé, sur le de la maison vide.
Comprehension check
0/4 answered
1. How do Marc and Sophie behave toward each other at first?
2. Who is Thomas?
3. What do the letters reveal about Marc and Sophie?
4. What does Marc mean when he says "C'est lui" at the end?