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Short story

Mémoires d'un parapluie

A proud umbrella, waiting at the Paris lost property office, tells the story of its many owners.

Tap a dotted word for its meaning.

Words to know (11)
  • la baleine (de parapluie) · umbrella rib
  • le manche · handle
  • la toile · canvas, fabric
  • croupir · to languish, to rot
  • les objets trouvés · lost property
  • s'offusquer · to take offense
  • les noces de porcelaine · 20th wedding anniversary (literally 'china wedding')
  • trempé · soaked
  • sans égards · roughly, without consideration
  • le/la préposé(e) · clerk, attendant
  • le claquement · snap, click

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Je suis un parapluie, et je ne suis pas n'importe quel parapluie. Je suis né à Aurillac, capitale française du parapluie, d'un artisan qui m'a monté par à la main, avec un en bois de châtaignier et une d'un bleu nuit que les vitrines du boulevard Haussmann m'envient encore. Je dis cela sans vanité. Je dis cela pour qu'on mesure l'humiliation qui est la mienne : depuis trois semaines, je sur une étagère du service des trouvés de la préfecture de police, rue des Morillons, entre une perceuse et une prothèse dentaire.

On m'a oublié dans le métro, ligne 6, entre Pasteur et Sèvres-Lecourbe. Je ne m'en pas. Un parapluie qui n'a jamais été oublié n'a jamais vraiment vécu. C'est même notre façon de voyager. J'ai eu, au cours de ma longue existence, sept propriétaires, dont quatre ne m'ont jamais acheté. Un parapluie change de mains comme une rumeur : il passe d'un vestiaire à un autre, d'un restaurant à un taxi, et finit toujours par appartenir à celui qui a eu besoin de lui.

Mon premier propriétaire fut une femme, Odette, qui m'offrit à son mari pour leurs de porcelaine, il y a de cela trente ans. Il s'appelait Lucien. C'était un homme qui marchait vite et parlait peu, et qui me tenait toujours légèrement penché du côté de sa femme, de sorte qu'il rentrait chaque soir l'épaule gauche Je les ai protégés de vingt hivers. Puis Odette a cessé de sortir, et Lucien a cessé de m'ouvrir. Je suis resté plié dans l'entrée, contre le mur, pendant deux ans. Je sais reconnaître une maison où quelqu'un est malade : on y entend le silence des parapluies.

Ensuite, j'ai disparu. Lucien m'avait emporté à un enterrement, un matin d'orage, et il m'a laissé au vestiaire d'un café de Montparnasse où il était allé, je crois, pour ne pas rentrer tout de suite. J'ai été adopté par un étudiant en droit, qui m'a perdu dans un cinéma ; par une avocate, qui m'a prêté à un client ; par ce client, qui m'a oublié dans un train pour Nantes et m'a récupéré, miracle de la SNCF, deux semaines plus tard. J'ai abrité des disputes, des baisers, une demande en mariage refusée. Je connais Paris par le dessous, si l'on veut, ou plutôt par le dessus.

Mon dernier propriétaire était une jeune femme pressée, qui m'avait trouvé sur un banc et ne m'aimait pas. Elle me secouait sans me fourrait mouillé dans son sac, et c'est elle qui m'a abandonné sur la ligne 6. Je ne la regrette pas. Il y a des gens qui ne savent pas tenir un parapluie, comme il y en a qui ne savent pas tenir une promesse.

Ce matin, un vieil homme s'est présenté au guichet. Il a décrit un parapluie bleu nuit, un en châtaignier, une légèrement tordue, la troisième en partant de la poignée. La a levé les yeux au ciel : nous sommes deux cents parapluies bleus sur cette étagère. Mais quand elle m'a posé sur le comptoir, j'ai reconnu sa main avant même qu'il ne me touche. C'était Lucien. Il a vieilli, comme moi. Il marche moins vite.

Il a expliqué à la qu'il me cherchait depuis des années. Qu'il avait fait les trouvés une fois par mois, sans trop y croire, depuis l'enterrement de sa femme. Que son fils, qui l'avait aperçu par hasard sur la ligne 6, dans les mains d'une inconnue, lui avait conseillé de revenir. Il a signé le registre. Il a payé les frais de garde, onze euros, sans discuter.

Dehors, il pleuvait. Il m'a ouvert, lentement, avec ce petit de que je n'avais pas entendu depuis si longtemps. Puis, sans y penser, il m'a penché vers la droite, vers personne. Nous avons marché ainsi jusqu'au métro, son épaule gauche la place d'Odette bien au sec.

Comprehension check

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1. Why does the umbrella mention its fine origins?

2. How did Lucien always hold the umbrella?

3. How does Lucien find the umbrella again?

4. What does the final image show?