Deep End
← Advanced stories

Short story

L'entretien

A young recruiter at a Lyon start-up interviews a fifty-seven-year-old candidate who doesn't play by her rules.

Tap a dotted word for its meaning.

Words to know (11)
  • la jeune pousse · start-up (literally 'young shoot')
  • dépareillé · odd, mismatched
  • le robinet · tap, faucet
  • se tutoyer · to call each other 'tu'
  • trébucher · to trip up
  • aguerri · seasoned, experienced
  • déguisé · disguised
  • licencier · to dismiss, to fire
  • s'illuminer · to light up
  • l'indemnité · compensation, severance pay
  • la grille d'évaluation · assessment form

Select any text to highlight it, or a word to translate it or save it to your flashcards.

Chloé Marchetti, trente et un ans, « Talent Acquisition Partner » chez Kyvo, une jeune lyonnaise qui révolutionne, d'après son site, « l'expérience de la livraison du dernier kilomètre », a une méthode. Elle la tient d'une formation de deux jours suivie à Paris, et elle l'applique avec la ferveur des convertis : mettre le candidat à l'aise, repérer ses « soft skills », évaluer son « alignement avec la culture de l'entreprise ». Elle a devant elle, ce jeudi, un certain Michel Bertin, cinquante-sept ans, comptable, au chômage depuis huit mois.

Il porte une cravate, ce qui est déjà un signal. On lui a appris en formation qu'une cravate trahit souvent une « culture verticale », c'est-à-dire, en langage courant, un homme qui a eu des chefs et qui s'en souvient. Chez Kyvo, personne ne porte de cravate, pas même le fondateur, qui vient au bureau en trottinette et en chaussettes pour bien marquer sa singularité. Chloé lui propose un café, un thé, une eau infusée au concombre. Il demande un verre d'eau du Elle note, discrètement : « peu ouvert à l'expérimentation ».

« Alors, Michel, je peux vous appeler Michel ? Ici on se mais bon. Si vous deviez vous décrire en trois émojis ? » Il réfléchit, longtemps, avec une gravité qui la met mal à l'aise. « Je dirais une calculatrice, une tasse de café et un parapluie. » Elle sourit, attend l'explication. Il ne la donne pas. Elle insiste. « Je compte juste, je travaille tôt, et j'ai vu passer beaucoup d'orages. » Elle écrit « réponse atypique », puis hésite, et ajoute un point d'interrogation.

Vient la question qu'elle préfère, celle qui fait les plus  : « Quelle est votre plus grande faiblesse ? » On attend d'un bon candidat qu'il avoue un défaut en qualité, un perfectionnisme excessif, un trop grand investissement. Michel Bertin répond qu'il est lent. Qu'il relit tout deux fois. Que cela agaçait son ancien directeur, jusqu'au jour où cette lenteur a évité à la société une erreur de deux millions d'euros. « Après, on ne m'a plus reproché ma lenteur. On m'a pour d'autres raisons. »

C'est à ce moment-là que l'ordinateur de Chloé Un message du fondateur, envoyé à toute l'équipe Ressources humaines : à partir du trimestre prochain, la présélection des candidats sera « confiée à une solution d'intelligence artificielle plus performante ». Un atelier est prévu vendredi pour « accompagner la transition ». Chloé relit la phrase deux fois, comme Michel. Elle sent ses joues chauffer. Elle referme l'ordinateur un peu trop vite.

Michel n'a rien vu, ou il fait semblant. Il demande simplement si elle va bien. Elle répond oui, puis non, puis, sans très bien savoir pourquoi, elle lui raconte. Il écoute en hochant la tête, sans l'interrompre, avec cette patience que personne, chez Kyvo, n'a le temps d'avoir. Puis il lui donne trois conseils, très simples : ne rien signer vendredi, demander par écrit ce qu'on entend par « transition », et appeler dès ce soir une avocate qu'il connaît, place Bellecour, qui lui a obtenu une deux fois supérieure à celle qu'on lui proposait.

L'entretien dure une heure et quart, soit quarante-cinq minutes de plus que le format recommandé. Quand Michel Bertin est reparti, sa cravate toujours impeccable, Chloé rouvre la d'évaluation. Dans la case « Recommandation », elle tape « candidat surqualifié, peu adapté à notre culture ». Elle regarde la phrase un long moment. Puis elle l'efface et écrit, à la place, la seule chose vraie qu'elle ait écrite depuis son arrivée dans l'entreprise : « À recruter d'urgence. Si possible, pour moi. »

Comprehension check

0/4 answered

1. What does Chloé conclude from Michel asking for tap water?

2. How does Michel's answer about his greatest weakness differ from what is expected?

3. What does the founder's message announce?

4. What does Chloé finally write in the recommendation box?