Short story
La voisine idéale
A retired woman in Bordeaux describes everything she does to help the young nurse who has moved in across the landing.
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Words to know (11)
- le judas · spyhole (in a door)
- on ne se refait pas · you can't change who you are
- les traits tirés · looking drawn and tired
- à vue d'œil · visibly, before your eyes
- se serrer les coudes · to stick together
- le paillasson · doormat
- en vouloir à quelqu'un · to hold a grudge against someone
- la serrure · lock
- sur la pointe des pieds · on tiptoe
- sursauter · to jump, to start
- souligner · to underline
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Je ne suis pas de ces vieilles qui passent leur vie derrière le qu'on se le dise. Si je sais ce qui se passe dans l'immeuble, c'est que les gens me parlent, voilà tout. J'ai été secrétaire de mairie à Pessac pendant trente ans : on ne se pas, j'ai le sens du service public. Alors, quand la petite Léa a emménagé en face, au mois de septembre, j'ai tout de suite compris qu'elle aurait besoin de moi.
Elle est infirmière à l'hôpital Pellegrin, de nuit. Elle rentre à sept heures du matin, les traits et elle dort jusqu'à quinze heures. Qui, je vous le demande, réceptionne ses colis pendant ce temps-là ? Qui arrose son ficus, qui jaunissait à vue ? Je lui ai proposé de garder un double de ses clés, « en cas de souci ». Elle a hésité, la pauvre, par politesse. J'ai insisté, par gentillesse. Entre deux femmes seules, il faut bien se serrer les
Au début, elle me remerciait beaucoup. Je lui laissais des parts de flan sur son je triais son courrier pour lui éviter les publicités, je lui rangeais un peu sa cuisine, qui en avait besoin, entre nous. Un jour, j'ai même lavé ses rideaux. Elle est restée longtemps sur le palier, à les regarder, sans rien dire. L'émotion, sans doute. Les jeunes d'aujourd'hui ne sont plus habitués à ce qu'on prenne soin d'eux.
En novembre est apparu un certain Hugo. Grand, barbu, une guitare, des chaussures qu'il n'essuyait jamais. Il restait parfois jusqu'au matin, ce qui, avec les horaires de Léa, ne pouvait pas lui faire de bien. Je l'ai croisé dans l'escalier et je lui ai dit, gentiment mais fermement, qu'une infirmière avait besoin de repos et non de chansons. Il m'a regardée comme si j'étais une apparition. Je n'ai plus revu sa guitare. Léa, ce mois-là, me disait à peine bonjour. C'est normal : un chagrin d'amour, ça rend ingrat, et on en toujours à celle qui avait vu juste.
Elle a changé la en décembre. Elle m'a expliqué que c'était le propriétaire, une histoire d'assurance. Je n'ai pas voulu la contredire, mais je connais M. Lacombe depuis vingt ans, et il n'aurait jamais dépensé un sou pour une J'en ai déduit qu'elle avait honte de me demander de nouveau mes services, après sa froideur. Je lui ai donc fait savoir, par un petit mot glissé sous sa porte, que je ne lui en voulais pas, et que ma porte à moi restait ouverte, à toute heure du jour et de la nuit.
Je l'entendais, après cela, rentrer sur la des pieds. Elle ne voulait pas me réveiller, la chère enfant. Je me levais quand même, je l'attendais derrière la porte pour lui dire bonsoir, ou plutôt bonjour, vu l'heure, mais elle était toujours plus rapide que moi. Une fois, je l'ai vue quand j'ai ouvert. Ces horaires de nuit lui détruisaient les nerfs. J'ai pensé lui en parler, lui conseiller de changer de service.
Ce matin, l'appartement d'en face était vide. Plus de ficus, plus de rideaux, plus rien. Elle est partie dans la nuit, sans un bruit, avec une discrétion qui me touche : elle n'a pas voulu me faire de peine avec des adieux. Elle a laissé dans ma boîte aux lettres le double de l'ancienne clé, qui n'ouvre plus rien, et un mot de deux lignes : « Merci pour tout. Vraiment, pour tout. » Le « vraiment » est deux fois. J'en ai eu les larmes aux yeux.
M. Lacombe m'a dit que le nouveau locataire arrive lundi. Un étudiant, paraît-il, qui vient de Limoges et ne connaît personne à Bordeaux. Le pauvre garçon. J'ai déjà mis un flan au four.
Comprehension check
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1. How did the narrator get a copy of Léa's keys?
2. How does the narrator interpret Léa staring silently at her washed curtains?
3. What does the reader understand about the new lock?
4. What does the ending suggest?