History
L'erreur de Méchain
In 1805, the astronomer Delambre opens the papers of his late colleague Méchain, who helped him measure the meridian that would define the metre, and finds a secret.
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Words to know (12)
- cerclé · bound, hooped (with metal)
- arpenter · to survey, to pace up and down
- doter · to endow, to provide
- le point de visée · sighting point (surveying)
- ombrageux · touchy, easily offended
- raturé · crossed out
- concorder · to agree, to tally
- la trempe · calibre, mettle
- dissimuler · to hide, to conceal
- racheter · to atone for, to redeem
- ternir · to tarnish
- l'étalon · standard (of measurement)
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Au printemps de 1805, Jean-Baptiste Delambre reçut à l'Observatoire de Paris trois caisses de bois de fer, expédiées d'Espagne. Elles contenaient les papiers de Pierre Méchain, son collègue et rival, mort quelques mois plus tôt de la fièvre jaune, dans un village de la côte valencienne. Delambre les ouvrit avec une émotion qu'il n'aurait avouée à personne. Pendant sept ans, les deux hommes avaient la France, l'un au nord, l'autre au sud, pour mesurer le méridien qui relie Dunkerque à Barcelone.
L'entreprise était née de l'ambition la plus folle de la Révolution : le monde d'une unité de mesure universelle, tirée de la nature elle-même et non du pied d'un roi. Le mètre serait la dix-millionième partie de la distance entre le pôle Nord et l'équateur. Encore fallait-il connaître cette distance. C'est pour la calculer que les deux astronomes, en 1792, s'étaient mis en route avec leurs cercles répétiteurs, leurs lunettes et leurs passeports signés d'une République que la moitié de l'Europe voulait abattre.
Delambre avait connu, au nord, les arrestations, les clochers démolis qui servaient de points de les paysans qui prenaient ses signaux pour des messages adressés à l'ennemi. Mais Méchain avait connu pire. Bloqué à Barcelone par la guerre entre la France et l'Espagne, il était resté des mois sans pouvoir rentrer, blessé dans un accident de pompe hydraulique qui avait failli lui coûter la vie. Et il était revenu à Paris, en 1798, transformé : taciturne, refusant obstinément de remettre ses carnets originaux.
Il fallut à Delambre plusieurs semaines pour comprendre pourquoi. Dans les carnets de Barcelone, surchargés, il trouva deux séries d'observations de la latitude de la ville, prises à quelques mois d'intervalle depuis deux lieux distincts : la forteresse de Montjuïc et une auberge du centre, la Fontana de Oro. Elles auraient dû Elles ne pas. L'écart était de trois secondes d'arc, soit une centaine de mètres sur le terrain. Pour un astronome de la de Méchain, c'était un abîme.
Méchain avait vu l'erreur dès 1794. Il n'avait pu retourner vérifier ses mesures, puisque la guerre l'en empêchait. Il n'en avait parlé à personne. Il avait publié la valeur qui lui semblait la plus sûre et l'autre. Pendant dix ans, il avait vécu avec ce secret comme avec une maladie honteuse, persuadé d'avoir compromis le mètre lui-même, et avec lui l'honneur de la science française. C'est pour cette faute qu'il était reparti en Espagne en 1803, à près de soixante ans, prolonger la mesure jusqu'aux Baléares. Il y avait trouvé la mort.
Delambre resta longtemps assis devant ces pages. Il savait aujourd'hui ce que Méchain ignorait : l'écart ne venait pas d'une faute de son collègue. Les instruments, la réfraction de l'air, les irrégularités mêmes de la Terre, qui n'est pas la sphère parfaite qu'on imaginait, suffisaient à l'expliquer. Méchain n'avait pas commis d'erreur ; il avait mesuré, avec une exactitude terrible, l'imperfection du monde. Et il en était mort de honte.
Restait à décider que faire de cette découverte. Delambre pouvait tout publier, et à jamais la mémoire d'un homme qui ne pouvait plus se défendre. Il pouvait aussi tout taire. Il choisit une voie intermédiaire, qui lui ressemblait. Dans le grand ouvrage où il présenta les résultats de l'expédition, il corrigea discrètement les chiffres, sans accuser personne. Puis il rédigea une note détaillée sur l'affaire, qu'il déposa dans les archives de l'Observatoire, à l'intention de ceux qui viendraient après lui.
Le mètre coulé dans le platine, était déjà déposé aux Archives nationales depuis 1799. Il était, on le sait aujourd'hui, trop court d'environ deux dixièmes de millimètre. Personne ne songea à le changer. Il est resté la mesure du monde, avec son minuscule défaut, comme une signature. Il n'est peut-être pas absurde que l'unité la plus rationnelle jamais inventée porte en elle, invisible, la trace d'un homme qui ne s'était jamais pardonné d'être faillible.
Comprehension check
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1. What was the aim of measuring the meridian?
2. What did Delambre find in Méchain's Barcelona notebooks?
3. Why had Méchain gone back to Spain in 1803?
4. What did Delambre decide to do with the discovery?