History
Les bras du télégraphe
In 1836, a young operator on the Chappe telegraph line near Tours learns from a dying colleague how two Bordeaux bankers had been secretly using the state's signals.
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Words to know (12)
- articulé · jointed, articulated
- la longue-vue · telescope, spyglass
- la manivelle · crank, handle
- la diligence · stagecoach
- haché · broken, jerky (of speech)
- l'émissaire · emissary, envoy
- parasite · stray, spurious (of a signal)
- les rentes · government bonds
- l'issue · outcome
- comble · packed, full
- acquitter · to acquit
- l'escroquerie · swindle, fraud
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Avant le fil électrique, la France parlait par les toits. Depuis la Révolution, des tours surmontées de longs bras couvraient le pays, plantées sur les collines tous les dix ou quinze kilomètres. C'était le télégraphe inventé par Claude Chappe. Dans chaque tour, un « stationnaire » observait à la la tour précédente, reproduisait avec des la position de ses bras, et la tour suivante en faisait autant. Un message partait de Paris et atteignait Bordeaux en quelques heures, quand les mettaient près de quatre jours.
Les stationnaires ne comprenaient pas ce qu'ils transmettaient. Les signaux étaient codés ; seuls les directeurs, aux deux bouts de la ligne, possédaient le vocabulaire. On leur demandait d'avoir de bons yeux, de la patience et une discipline de fer. On les payait mal. Pierre Garnaud avait dix-neuf ans quand il fut nommé, en 1836, à la tour de Tours, en remplacement d'un vieux stationnaire, Guibout, tombé gravement malade. Le métier lui plaisait : il avait l'impression de tenir entre ses mains le système nerveux du royaume.
Un soir d'août, la femme de Guibout vint le chercher. Le vieil homme, qui se savait condamné, voulait lui parler. Pierre le trouva dans son lit, le teint gris, la voix à peine audible. « Il faut que tu saches, petit. Je ne veux pas emporter ça. » Et Guibout, par phrases lui raconta une histoire que Pierre mit plusieurs minutes à croire.
Deux ans plus tôt, un homme était venu le voir, un de deux banquiers de Bordeaux, les frères Blanc. Il lui avait proposé de l'argent, beaucoup d'argent pour un stationnaire, en échange d'un service minuscule. De temps en temps, Guibout recevrait par la poste un paquet de gants. Si les gants étaient blancs, il devait glisser, dans le message officiel qu'il retransmettait, un signal précis, suivi aussitôt du signal d'erreur. Si les gants étaient gris, un autre. L'erreur serait corrigée à la tour suivante. Personne ne s'apercevrait de rien.
Personne, sauf un complice posté près de Bordeaux, qui observait la ligne avec une Le faux signal, quoique effacé aussitôt, voyageait de tour en tour jusqu'à lui. Il disait, en somme, une seule chose : les ont monté à la Bourse de Paris, ou elles ont baissé. Les frères Blanc connaissaient ainsi les cours plusieurs jours avant leurs concurrents bordelais, qui attendaient la Ils avaient fait fortune. Et le message parvenait par les gants, parce que la poste, elle, était trop lente pour transporter une information, mais assez rapide pour transporter un code.
Pierre n'en dormit pas de la nuit. Le lendemain, après bien des hésitations, il alla trouver le directeur de la ligne. L'enquête fut rapide ; Guibout mourut avant d'en connaître Les frères Blanc furent arrêtés, avec les stationnaires qu'ils avaient corrompus, et jugés à Tours en 1837. Pierre témoigna, dans un costume emprunté, devant une salle où l'on avait fait venir des journalistes de Paris.
Le verdict stupéfia tout le monde. Les banquiers furent Aucune loi, constata le tribunal, n'interdisait d'utiliser le télégraphe de l'État à des fins privées, pour la bonne raison que personne n'avait imaginé qu'on puisse le faire. Seule la corruption de fonctionnaires aurait pu être punie, mais les preuves étaient minces. Les frères Blanc ressortirent libres et riches, et allèrent, dit-on, fonder des casinos en Allemagne.
Quelques mois plus tard, le Parlement vota en hâte une loi réservant à l'État le monopole des transmissions à distance. Pierre resta stationnaire jusqu'à ce que le télégraphe électrique rende les tours inutiles, vingt ans plus tard. Il racontait volontiers qu'il avait assisté à la première de l'histoire des télécommunications, et à la première loi faite trop tard pour la punir. Il ajoutait, pensif, que ce ne serait sans doute pas la dernière.
Comprehension check
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1. What was the job of a "stationnaire"?
2. What role did the gloves play in the scheme?
3. How did the bankers make their fortune?
4. Why were the Blanc brothers acquitted?