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History

Les quatre crochets

A Louvre guard looks back on August 1911, when the Mona Lisa vanished from its wall, and on the workman in a white smock he had nodded to that morning.

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Words to know (12)
  • grouiller de · to swarm with, to teem with
  • la blouse · smock, overall
  • égaré · lost, (of a look) distracted
  • le crochet · hook
  • se rendre à l'évidence · to face the facts
  • s'en donner à cœur joie · to have a field day
  • relâcher · to release, to set free
  • l'emplacement · spot, location
  • le vitrier · glazier
  • le double fond · false bottom
  • emballer · to pack, to wrap up
  • les acclamations · cheers, acclaim

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Pendant vingt-huit ans, j'ai gardé le Salon carré du Louvre. On me demande souvent quel tableau j'y ai préféré. On s'attend à ce que je réponde la Joconde. La vérité, c'est que je ne l'ai vraiment regardée qu'une fois, le jour où elle n'était plus là. J'écris ces lignes en 1938, alors qu'on parle de nouveau de guerre et qu'on déjà, dit-on, les chefs-d'œuvre dans des caisses. Il me semble utile de raconter ce que j'ai vu, avant que ma mémoire ne se mette, elle aussi, en caisse.

Le lundi 21 août 1911, le musée était fermé au public. C'était le jour du nettoyage, des réparations, des photographes. Les couloirs d'ouvriers en blanche, que personne ne songeait à interroger. Vers sept heures, j'en ai croisé un dans l'escalier de service, un petit homme brun, moustachu, portant sous le bras quelque chose d'enveloppé dans un drap. Il m'a salué poliment. Je lui ai rendu son salut. Je l'ai même aidé, je crois, à trouver la porte qui donnait sur la cour Visconti, car il paraissait

Ce n'est que le mardi qu'on s'aperçut de l'absence. Un peintre, venu copier une toile voisine, s'étonna de ne voir au mur que quatre de fer. On lui répondit que le tableau était sans doute chez les photographes. On attendit. Les photographes ne l'avaient pas. Vers midi, il fallut se rendre à  : la Joconde avait disparu. Le musée fut fermé une semaine entière, les gardiens interrogés les uns après les autres. Je racontai l'ouvrier de l'escalier. Personne ne sut quoi faire de mon témoignage.

La presse s'en donna à joie. On soupçonna les Allemands, les banquiers américains, les anarchistes, un milliardaire collectionneur. On arrêta le poète Guillaume Apollinaire, coupable d'avoir fréquenté un aventurier qui avait jadis volé des statuettes au musée ; on interrogea son ami, un jeune peintre espagnol nommé Picasso, qui jura n'avoir jamais rien emprunté. Ils furent mais la honte leur resta longtemps. Quant au préfet de police, il promettait chaque matin une arrestation imminente, qui ne venait jamais.

Mais le plus étrange se produisit à la réouverture. Les Parisiens se pressèrent en foule au Salon carré, non pour voir les Titien ou les Véronèse, mais pour contempler vide. Ils restaient là, des minutes entières, devant ce rectangle de mur un peu plus clair que le reste et ses quatre Certains déposaient des fleurs, comme sur une tombe. Je n'avais jamais vu autant de monde devant la Joconde que devant son absence. Jusque-là, elle n'était qu'un beau tableau parmi d'autres. Le vide en fit une légende.

On la retrouva deux ans plus tard, en décembre 1913, à Florence. Le voleur s'appelait Vincenzo Peruggia, italien, qui avait travaillé au Louvre, à poser justement les vitres de protection des tableaux. Il prétendit avoir voulu rendre à l'Italie un chef-d'œuvre que Napoléon lui aurait volé, ce qui était faux, puisque Léonard l'avait apporté lui-même en France. Il avait gardé la toile deux ans sous le double d'une malle, dans sa chambre de la rue de l'Hôpital-Saint-Louis, à deux pas de chez moi.

Quand j'ai vu sa photographie dans le journal, j'ai reconnu la moustache, l'air poli, l'œil un peu C'était mon ouvrier de l'escalier. Je n'en ai rien dit, sauf à ma femme. À quoi bon ? On ne condamne pas un gardien pour avoir été courtois. Mais j'ai longtemps porté ce petit poids : avoir tenu la porte, peut-être, au voleur du siècle, et lui avoir souhaité une bonne journée.

La Joconde revint au Louvre le 4 janvier 1914, sous les On l'installa au même endroit, sur les mêmes J'ai alors fait ce que je n'avais jamais fait : je me suis arrêté devant elle et je l'ai regardée longtemps. Elle souriait, comme toujours, de cet air de savoir quelque chose que nous ignorons. Je crois savoir, aujourd'hui, ce que c'était. Elle savait que pour devenir le tableau le plus célèbre du monde, il lui avait suffi de disparaître. Et que j'y étais un peu pour quelque chose.

Comprehension check

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1. When did the guard really look at the Mona Lisa properly for the first time?

2. Why did nobody stop the man in the white smock?

3. What was strange about the reopening of the museum?

4. How does the guard feel about his part in the story?