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History

Le compteur tournait

In September 1914, a Paris taxi driver is requisitioned to drive soldiers to the front, and one of his passengers hands him a letter to post if he does not come back.

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Words to know (12)
  • le compteur · meter (in a taxi)
  • filer · to rush off, to flee (informal)
  • saugrenu · absurd, preposterous
  • le pare-chocs · bumper
  • entassé · crammed, piled up
  • le strapontin · folding seat, jump seat
  • le cliquetis · clicking, clinking
  • la manette · lever, control
  • la capote · (soldier's) greatcoat
  • le vaguemestre · army postman
  • la remise · discount
  • grincer · to grate, to grumble (literally: to creak)

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Le 6 septembre 1914, vers cinq heures du soir, Marcel Lefèvre attendait le client à la station de la place de Clichy quand un agent de police s'approcha de sa voiture, une Renault rouge et noire de la Compagnie des taxis. L'agent ne voulait pas aller à la gare de l'Est. Il lui tendit un ordre de réquisition, signé au nom du général Gallieni, gouverneur militaire de Paris. Tous les taxis de la capitale devaient se rassembler sur l'esplanade des Invalides, le plein fait, pour une destination inconnue.

Les Allemands étaient à moins de cinquante kilomètres. On entendait le canon, certains soirs, depuis Montmartre. Le gouvernement avait à Bordeaux, et les Parisiens qui en avaient les moyens l'avaient suivi. L'armée de Joffre tentait de tenir sur la Marne, et il manquait des hommes là où il en aurait fallu. Les trains ne suffisaient pas. Quelqu'un, à l'état-major, avait eu une idée que tout le monde trouva puis géniale : envoyer l'infanterie au front en taxi.

Marcel roula toute la nuit, phares éteints pour ne pas se faire repérer, dans une colonne de plusieurs centaines de voitures qui avançaient au pas, contre sur la route de Nanteuil-le-Haudouin. Il transportait cinq soldats du 104e régiment d'infanterie, sur la banquette et le le fusil entre les genoux. Ils ne parlaient guère. L'un d'eux dormait, un autre fumait sans arrêt. Le que personne n'avait songé à arrêter, tournait dans le noir avec son petit régulier.

Le plus jeune était assis à côté de lui, à l'avant. Il s'appelait Yves Le Goff, venait de Plougastel, près de Brest, et n'était jamais monté dans une automobile. Il regardait le tableau de bord avec une curiosité d'enfant, demandait à quoi servait chaque Vers trois heures du matin, alors que la colonne était arrêtée sur le bas-côté, il sortit de sa une enveloppe froissée et la tendit à Marcel. « C'est pour ma mère. Si je ne reviens pas, vous la mettrez à la poste ? Je n'ai pas confiance dans le  »

Marcel prit la lettre, la glissa dans la poche intérieure de sa veste et promit. Au petit jour, il déposa ses cinq passagers à l'entrée d'un village dont il ne retint jamais le nom, à quelques kilomètres des combats. Yves lui serra la main, très fort, comme on le fait à la campagne. Puis il partit en courant rejoindre les autres, son fusil trop grand pour lui battant contre ses jambes. Marcel fit demi-tour, le cœur serré, avec un qui affichait une somme astronomique.

L'armée, contre toute attente, paya la course. Les comptes furent faits au tarif du moins une et chaque chauffeur reçut son dû quelques semaines plus tard, ce qui fit beaucoup rire dans les tranchées et beaucoup à la Chambre. On a beaucoup discuté, depuis, de l'importance réelle de ces taxis dans la victoire de la Marne. Les historiens disent qu'ils ne transportèrent que quelques milliers d'hommes, une goutte d'eau dans une bataille qui en mobilisait plus de deux millions. Marcel, lui, n'a jamais douté qu'ils aient compté.

Il garda la lettre quatre ans. Il ne l'ouvrit jamais, ne la posta jamais, puisque rien ne prouvait que son auteur fût mort. Elle resta dans le tiroir de sa table de nuit, sous son livret militaire, et sa femme apprit à ne pas la toucher. Chaque fois qu'on publiait dans le journal les listes de disparus, il cherchait le nom de Le Goff. Il le trouva trois fois. Ce n'était jamais le bon prénom.

Au printemps de 1919, un homme maigre, au visage creusé, une manche de veste vide épinglée sur la poitrine, se présenta à la station de la place de Clichy et demanda le chauffeur Lefèvre. Marcel le reconnut à sa manière de regarder le tableau de bord. Yves était venu reprendre sa lettre. Il la rangea dans sa poche sans l'ouvrir, lui aussi. Puis il demanda, un peu gêné, combien il devait pour la course de 1914. Marcel éclata de rire, et ils allèrent boire un verre au comptoir d'en face. Le cette fois, ne tourna pas.

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1. Why did the army decide to use taxis?

2. Why did the taxis drive with their headlights off?

3. What did Yves ask Marcel to do?

4. Why did Marcel never post the letter?