Short story
L'été des cerises
An old cherry grower in the Ardèche reluctantly hires a Syrian engineer for the harvest.
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Words to know (12)
- inébranlable · unshakable
- meurtrir · to bruise
- le saisonnier · seasonal worker
- grommeler · to grumble
- le/la feignant(e) · lazy person, idler
- boiter · to limp
- le bigarreau · bigarreau, a firm sweet cherry
- dépérir · to wither, to waste away
- la greffe · graft, grafting
- la pépinière · (plant) nursery
- le mastic · grafting wax, putty
- le cageot · crate
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Fernand Chabert avait soixante-dix-neuf ans, quatre hectares de cerisiers sur les pentes de Saint-Péray et une conviction : personne, hormis lui, ne savait cueillir une cerise. Il fallait la prendre par la queue, d'un coup de pouce sec, sans le fruit ni arracher l'œil qui donnerait la récolte suivante. Ses enfants étaient partis à Lyon, sa femme au cimetière, et les d'année en année, se faisaient plus rares et plus maladroits. Ce printemps-là, son genou lui interdit les échelles. Il dut se résoudre à embaucher.
L'association de Tournon lui envoya un homme d'une quarantaine d'années, grand, maigre, qui s'appelait Rami et qui avait été ingénieur en hydraulique à Alep. Fernand le considéra des pieds à la tête, avec la méfiance de ceux qui n'ont jamais quitté leur vallée. Il lui demanda s'il avait déjà cueilli des cerises. Rami répondit que non, mais qu'il avait, dans son enfance, cueilli des abricots chez son grand-père, près de Hama. Fernand que l'abricot était un fruit de et lui tendit un panier.
Les premiers jours furent pénibles. Fernand suivait Rami d'arbre en arbre, en pour lui reprocher sa lenteur, puis sa précipitation, puis la manière dont il posait l'échelle. Rami ne répondait rien. Il écoutait, il recommençait. Au bout d'une semaine, Fernand dut admettre, à part lui, que l'homme cueillait mieux que ses propres fils ne l'avaient jamais fait. Il ne le lui dit pas. Il se contenta de lui laisser, un midi, la moitié de son saucisson, ce qui, dans la langue de Fernand, valait un discours.
Il y avait, au bout du verger, un vieux cerisier que Fernand ne laissait toucher à personne. C'était un planté en 1971, l'année de la naissance de son fils aîné, Jean-Pierre. Jean-Pierre était mort à vingt ans, sur la route de Valence, un soir de brouillard. L'arbre, depuis quelques années, : les branches noircissaient, les fruits se faisaient rares. Fernand refusait de l'arracher. Il passait devant chaque matin sans le regarder, comme on passe devant une porte qu'on ne veut plus ouvrir.
Ce fut Rami qui posa la question, un soir, en buvant le vin de noix que Fernand avait fini par lui offrir. Fernand ne répondit pas tout de suite. Puis il raconta, à sa manière, par fragments, en regardant ailleurs. Rami l'écouta sans l'interrompre. Quand le vieil homme eut fini, il dit seulement que chez lui aussi, à Alep, il y avait eu un arbre planté pour un enfant, et qu'il n'avait pas pu l'emporter. Ils restèrent longtemps silencieux, deux hommes qui ne se ressemblaient en rien et qui savaient exactement la même chose.
Le lendemain, Rami demanda la permission d'essayer quelque chose. Il avait appris de son grand-père l'art de la Il prit sur le vieux les rares rameaux encore sains et les greffa, avec une patience d'horloger, sur un jeune porte-greffe vigoureux que Fernand gardait en Fernand le regarda faire, appuyé sur sa canne, l'air sceptique. Il fit remarquer que ce n'était pas la saison, que ça ne prendrait jamais, que les ingénieurs croyaient tout savoir. Puis il alla chercher de la ficelle et du
La récolte s'acheva à la mi-juillet. Rami partit pour Valence, où on lui proposait un poste dans un bureau d'études. Les deux hommes se serrèrent la main dans la cour, longuement, sans un mot de trop. Fernand lui donna un de cerises et une bouteille de vin de noix, et lui dit de revenir l'année suivante, s'il n'avait rien de mieux à faire, ce qui, dans sa langue, voulait dire qu'il l'attendrait.
Au printemps suivant, le jeune arbre greffé se couvrit de fleurs blanches. Elles étaient un peu fragiles, un peu tardives, mais elles étaient bien là. Fernand les photographia avec le téléphone que ses enfants lui avaient offert et dont il ne s'était jamais servi. Il mit deux jours à trouver comment envoyer la photo. Il n'écrivit rien d'autre. Rami répondit le soir même, et la réponse ne contenait qu'un mot, que Fernand ne comprit pas et qu'il se fit traduire par sa petite-fille : en arabe, cela voulait dire « vivant ».
Comprehension check
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1. Why does Fernand have to hire someone this year?
2. How does Fernand show his approval of Rami's work?
3. Why won't Fernand cut down the old cherry tree?
4. What does Fernand's final reaction to the grafting show?