Reportage
L'ex-voto
A reporter follows a Marseille art restorer as she cleans a small nineteenth-century votive painting of a ship in a storm, and a forgotten name comes back to light.
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Words to know (12)
- le chevalet · easel
- d'emblée · straight away, from the outset
- tapisser · to cover (walls)
- le trois-mâts · three-masted ship
- démonté · raging (of the sea)
- le cierge · church candle
- le pavillon · flag (on a ship)
- le trisaïeul · great-great-grandfather
- la vedette · launch, patrol boat
- porter secours · to bring help, to rescue
- le ciré · oilskin (waterproof jacket)
- le flacon · small bottle, flask
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L'atelier de Nadia Benali occupe un ancien entrepôt du quartier de la Joliette, à Marseille, à deux pas du port. Il y règne une odeur de solvant, de cire et de café froid. Sur les une demi-douzaine de tableaux attendent leur tour, emballés dans du papier de soie comme des patients sous un drap. Nadia, quarante-quatre ans, est restauratrice de peintures depuis vingt ans. « Je ne fais pas de l'art, prévient-elle Je fais de la chirurgie. L'art, c'est les autres qui l'ont fait. »
Ce matin, elle travaille sur un tableau de petit format, à peine plus grand qu'une feuille de papier, prêté par la basilique Notre-Dame-de-la-Garde. C'est un ex-voto, l'un des centaines qui les murs du sanctuaire : des peintures naïves, offertes à la Vierge par des marins ou leurs familles en remerciement d'un sauvetage. Celui-ci représente un couché sur le flanc dans une mer sous un ciel noir. En haut à gauche, dans un nuage doré, apparaît la Vierge. Le reste est illisible, noyé sous un vernis jauni par cent cinquante ans de
Le nettoyage d'un vernis est un exercice de patience extrême. Nadia roule un petit coton autour d'une baguette de bois, le trempe dans un mélange de solvants dont elle a mis une matinée à trouver la formule, et le fait rouler sur la surface, millimètre carré par millimètre carré. Le coton se teinte aussitôt d'un brun de tabac. Dessous, la couleur reparaît, intacte, presque insolente : le bleu de la mer, le blanc de l'écume, le rouge vif d'un « C'est toujours le même choc, dit-elle sans lever les yeux. On croit que les anciens peignaient en marron. Ils peignaient en couleurs. C'est le temps qui est marron. »
Vers midi, elle s'attaque au bas du tableau, où court une bande sombre. Peu à peu, des lettres apparaissent, tracées au pinceau fin, d'une écriture appliquée. Nadia ralentit encore, change de coton, retient son souffle. Nous nous penchons tous les deux au-dessus de la loupe. On lit : « Le Saint-Victor, capitaine Joseph Audibert, assailli par la tempête au large de Bonifacio le 14 janvier 1867. Tout l'équipage sauvé. Reconnaissance éternelle. »
Pour la restauratrice, l'inscription est un bonus : elle permet de dater l'œuvre et de documenter la restauration. Pour moi, elle est le début d'une enquête. Le soir même, je consulte les registres d'état civil en ligne. Les Audibert sont nombreux à Marseille, mais la piste d'un capitaine Joseph né vers 1830 mène, de génération en génération, jusqu'à une femme d'aujourd'hui, Marion Audibert, trente-huit ans, qui vit à L'Estaque. Je lui téléphone le lendemain, un peu gêné, pour lui parler d'un tableau dont elle ignore l'existence.
Elle ne sait rien de son sinon qu'il y avait « des marins, très loin dans la famille ». Mais quand je lui explique ce que représente l'ex-voto, elle reste silencieuse au bout du fil pendant de longues secondes. Puis elle me dit son métier. Marion est patronne bénévole d'une de la Société nationale de sauvetage en mer. Depuis douze ans, elle sort par tous les temps porter aux bateaux en détresse au large de Marseille. Elle n'a jamais su d'où lui venait cette vocation.
Une semaine plus tard, elle est venue à l'atelier. Nadia avait terminé le nettoyage et posé un vernis neuf, léger, réversible, conforme aux règles de son métier. Marion est restée longtemps devant le petit tableau, les mains dans les poches de son sans rien dire. Elle a cherché sur le pont du parmi les minuscules silhouettes, celle qui pourrait être le capitaine. Puis elle a sorti son téléphone et pris une photo, qu'elle a envoyée, nous a-t-elle dit, à son équipage.
L'ex-voto a retrouvé sa place à Notre-Dame-de-la-Garde, parmi les centaines d'autres. Les visiteurs ne remarquent pas qu'il est plus lumineux que ses voisins. Mais Nadia, qui ne fait pas de l'art, a eu cette phrase en refermant ses : « Parfois, on ne restaure pas seulement un tableau. On restaure un fil. » Cent cinquante ans après le naufrage évité du Saint-Victor, une Audibert continue de sortir dans la tempête pour ramener les équipages. Elle sait maintenant pourquoi.
Comprehension check
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1. How does Nadia describe her work?
2. What is an ex-voto, according to the story?
3. What does Nadia mean by "C'est le temps qui est marron"?
4. What is surprising about Marion Audibert?