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Short story

L'horloger de la rue des Granges

Every year on the same day, a widow brings the same stopped pocket watch to a watchmaker in Besançon.

Tap a dotted word for its meaning.

Words to know (11)
  • l'horloger · watchmaker
  • la loupe · magnifying glass, loupe
  • le balancier · balance wheel
  • la montre de gousset · pocket watch
  • le rouage · wheel, cog (of a mechanism)
  • le cheminot · railway worker
  • l'établi · workbench
  • se lasser · to grow tired of something
  • décacheter · to unseal, to open (a letter)
  • détendu · unwound, slack
  • têtu · stubborn

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Anselme Perrot tenait depuis quarante ans un petit atelier d'horlogerie rue des Granges, à Besançon, dans cette ville où l'on avait longtemps fabriqué les montres de toute la France et où l'on n'en fabriquait presque plus. Il était de ces artisans qui parlent peu et regardent beaucoup, l'œil vissé à la et qui finissent par confondre le battement des avec celui de leur propre cœur. Il ne s'était jamais marié. Les gens du quartier disaient qu'il avait épousé le temps, et il ne les contredisait pas.

Ce fut un 2 novembre qu'elle entra pour la première fois. Elle avait une soixantaine d'années, un manteau gris et une montre de qu'elle posa sur le comptoir comme on dépose un oiseau blessé. C'était celle de son mari, mort au printemps. Elle s'était arrêtée, dit-elle, et elle ne supportait pas de la voir arrêtée. Anselme l'ouvrit, l'examina, ne trouva rien. Le ressort était bon, les propres. Il la remonta, elle repartit. Il refusa d'être payé. Elle insista, il refusa encore, et elle resta une heure à lui parler de son mari, qui avait la manie de consulter sa montre même les dimanches.

L'année suivante, le 2 novembre, elle revint. La montre s'était de nouveau arrêtée. Cette fois, Anselme trouva la cause : un cheveu gris, très fin, enroulé autour de l'axe du Il le retira avec sa pince, sans un mot. Il comprit, et il comprit aussi qu'il ne dirait rien. Elle lui parla encore de son mari, puis d'autre chose, des cerisiers de son jardin, d'un neveu qui vivait à Lausanne. Il l'écouta, la montre ouverte entre eux comme un prétexte qu'aucun des deux n'osait refermer.

Cela dura douze ans. Chaque 2 novembre, Mme Garnier poussait la porte de l'atelier, posait la montre sur le comptoir, et chaque fois Anselme y découvrait le même cheveu, de plus en plus blanc. Il la remontait, refusait d'être payé, et ils parlaient. Il apprit qu'elle aimait les romans policiers et détestait l'hiver ; elle apprit qu'il jouait du violoncelle, mal, le dimanche soir. Jamais il ne l'invita à prendre un café. Jamais elle ne vint un autre jour. Il lui semblait que le moindre écart briserait un mécanisme plus délicat que tous ceux qu'il avait réparés.

La treizième année, le 2 novembre passa sans qu'elle vînt. Anselme resta à son jusqu'à vingt et une heures, la lampe allumée, les mains inutiles. Le lendemain, il se dit qu'elle était malade. Le surlendemain, il se dit qu'elle s'était et cette pensée lui fut plus douloureuse encore. Il n'avait ni son adresse ni son numéro. Il ne connaissait d'elle que son nom, ses cheveux et une heure de conversation par an, ce qui, à bien y réfléchir, représentait plus qu'il n'en savait sur quiconque.

Ce fut une jeune femme qui entra, à la mi-décembre. Elle avait les yeux de Mme Garnier et tenait la montre dans un mouchoir. Sa grand-mère était morte en octobre, dit-elle, d'une maladie qu'elle avait cachée à tout le monde. Elle avait laissé une enveloppe au nom de Anselme la devant elle. Il n'y avait qu'une ligne : « Cette fois, elle s'est arrêtée toute seule. Gardez-la. Je ne savais pas comment venir vous voir autrement. »

Il ouvrit la montre. Il n'y avait pas de cheveu. Le ressort, simplement, était Il la remonta et elle repartit, avec ce tic-tac des choses qui ne savent pas qu'on les pleure. Il ne la mit pas en vitrine. Il la garda sur son à côté de la et l'on raconte dans le quartier que, chaque 2 novembre, le vieil de la rue des Granges ferme boutique à dix heures, ouvre la montre et l'arrête lui-même, le temps d'une conversation.

Comprehension check

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1. What does Anselme discover the second year?

2. Why does Anselme never invite Mme Garnier for a coffee?

3. Why is the watch stopped when the granddaughter brings it?

4. What does Anselme do every November 2 at the end of the story?