Short story
Le voisin du dessus
In his diary, a retired history teacher in Lyon gathers evidence against the upstairs neighbor who paces above his head every night.
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Words to know (12)
- le raclement · scraping sound
- traînant · dragging, shuffling
- le fauve · wild animal, big cat
- le syndic · building management (of a co-owned building)
- le culot · nerve, cheek
- le faussaire · forger
- en avoir le cœur net · to find out for sure
- le palier · landing (of a staircase)
- depuis des lustres · for ages
- la mansarde · attic room, garret
- voûté · stooped
- égaré · lost, bewildered
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Lundi 3 février. Il a recommencé. À deux heures dix du matin, très exactement, le d'une chaise sur le parquet, puis ces pas lourds, obstinés, qui vont de la fenêtre à la porte et de la porte à la fenêtre, comme ceux d'un en cage. Je tiens désormais ce carnet sur les conseils de mon fils, qui prétend qu'il faut des preuves avant d'aller se plaindre au Des preuves, j'en aurai. J'ai enseigné l'histoire pendant trente-sept ans : je sais ce que vaut une source datée.
Mercredi 5 février. Croisé la gardienne, Mme Ferreira, dans l'escalier. Je lui ai demandé, l'air de rien, qui habitait au-dessus de chez moi. Elle m'a regardé avec cette expression que les gens prennent désormais pour me parler, mi-attendrie, mi-inquiète, et elle a répondu quelque chose que je n'ai pas saisi, à cause du vacarme des poubelles qu'elle traînait. Peu importe. J'ai glissé sous la porte du dessus un mot courtois mais ferme, signé de mon nom et de mon ancien titre.
Jeudi 6 février. Le de cet individu dépasse l'entendement. Ce matin, j'ai trouvé sous ma propre porte un billet plié en quatre. Il reprenait mot pour mot les termes de ma lettre, « Monsieur, je me vois contraint de vous signaler... », et jusqu'à ma signature, imitée avec une habileté inquiétante. Un plaisantin, donc, doublé d'un J'ai ri, puis je n'ai plus ri du tout. Cette nuit, les pas ont repris, plus lents que d'habitude, et il m'a semblé entendre une voix, très basse, qui appelait quelqu'un.
Samedi 8 février. Visite de Julien. Je lui ai montré le billet ; il l'a tourné et retourné entre ses doigts sans rien dire, puis il m'a demandé si je dormais bien, si je prenais mes comprimés, si je mangeais. Passé un certain âge, nos enfants se mettent à nous interroger comme des médecins de campagne. Je lui ai rappelé que la question n'était pas mon sommeil, mais celui qu'on me volait. Il a fini par proposer d'installer une petite caméra dans l'appartement, « pour en avoir le net ». J'ai accepté. Un historien ne refuse jamais une archive.
Mardi 11 février. Mme Ferreira m'a monté le courrier, ce qui ne lui arrive jamais, et elle s'est attardée sur le en regardant le petit escalier de service qui s'arrête contre une trappe condamnée depuis des Je lui ai demandé si elle avait enfin identifié mon voisin. Elle m'a pris la main, ce qui m'a gêné. « Monsieur Vasseur, vous êtes au sixième. Au-dessus de vous, il n'y a que le toit. »
Je n'ai pas relevé. Les gardiennes ne montent jamais sous les combles ; elles ignorent ce qui s'y trame. Combien de dans ces vieux immeubles de canuts de la Croix-Rousse, ont été louées au noir à des étudiants, à des artistes, à des gens dont le nom ne figure sur aucune boîte aux lettres ? Il y a là-haut quelqu'un qui connaît mes horaires, mon écriture et le prénom de ma femme. Car c'est ce prénom que la voix appelait l'autre nuit, j'en suis sûr à présent : Hélène.
Vendredi 14 février. Julien est venu avec son ordinateur. Il a tenu à ce que nous regardions les images ensemble, assis, et il m'a gardé la main sur l'épaule tout du long, comme on tient un enfant chez le dentiste. On y voit mon salon dans la lumière bleue de deux heures du matin, et un vieil homme en robe de chambre à carreaux qui va de la fenêtre à la porte, de la porte à la fenêtre, en poussant une chaise devant lui. Il s'arrête parfois, lève la tête vers le plafond et dit quelque chose que le micro ne capte pas. La robe de chambre est la mienne. Hélène me l'avait offerte pour nos quarante ans de mariage.
Je n'ai rien dit à Julien. J'ai fait semblant de comprendre ; il avait l'air si soulagé. Mais je consigne ici, pour mémoire, un détail qui lui a échappé : l'homme de la vidéo ne me ressemble pas. Il est plus plus maigre, et il a dans le regard quelque chose que je n'ai jamais eu. Il ressemble à mon père, vers la fin. Ce soir, je laisserai la chaise près de la fenêtre. On verra bien qui viendra la chercher.
Comprehension check
0/4 answered
1. Why does the narrator keep the diary?
2. What does the narrator find under his own door on February 6?
3. What does Mme Ferreira tell him on February 11?
4. What does the narrator refuse to accept at the end?