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Column

La faute au mistral

A columnist in Avignon reflects on the Provençal habit of blaming the mistral for everything, and on what happened when the wind stopped.

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Words to know (12)
  • dévaler · to hurtle down, to rush down
  • faire des siennes · to be up to one's old tricks
  • intenable · unmanageable, unbearable
  • les circonstances atténuantes · mitigating circumstances
  • démentir · to deny, to contradict
  • le bouc émissaire · scapegoat
  • la saute d'humeur · mood swing
  • rabrouer · to snap at, to rebuff
  • la canicule · heat wave
  • la rafale · gust (of wind)
  • accablé · overwhelmed, crushed
  • imputer · to attribute, to blame on

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Il souffle depuis trois jours, et l'on ne parle que de lui. Le mistral, ce vent du nord qui la vallée du Rhône comme un train sans freins, a encore fait des cette semaine : volets arrachés, parasols envolés, et un platane couché en travers de la route de Châteaurenard. Rien d'exceptionnel, en somme. En Provence, le mistral n'est pas un phénomène météorologique, c'est un membre de la famille, de ceux dont on se plaint sans cesse mais qu'on n'imagine pas ne plus voir au repas de Noël.

On lui prête tous les maux. Il donnerait la migraine, rendrait les chiens nerveux et les enfants ferait tourner le lait et les têtes. Une légende tenace, que l'on m'a racontée dix fois au comptoir du café de la place Pie, veut même qu'autrefois les tribunaux d'Avignon aient accordé des circonstances aux crimes commis par grand mistral. Je n'ai jamais trouvé le moindre jugement qui l'atteste, mais je me garderai bien de  : une légende qui rend service mérite qu'on la laisse tranquille.

Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Le mistral rend service. Vous avez oublié l'anniversaire de votre belle-mère ? C'est le mistral, qui vous a mis la tête à l'envers. Vous avez claqué la porte au nez de votre voisin ? Le mistral, toujours, qui vous l'a arrachée des mains. Il est le coupable idéal, puisqu'il ne se défend jamais et ne porte pas plainte. On envie presque les Provençaux d'avoir à portée de main un émissaire aussi commode, et aussi parfaitement innocent.

Ma voisine, Mme Fabre, en a fait un art de vivre. Depuis que je la connais, c'est-à-dire depuis quinze ans, elle attribue au mistral chacune de ses d'humeur. « Ne faites pas attention, me dit-elle quand elle m'a pour une histoire de poubelles, c'est le vent. » Et le vent repart, et Mme Fabre redevient la femme charmante qui m'apporte des figues en septembre. J'avais fini par croire, comme tout le monde, que ce vent avait sur elle une influence réelle, presque médicale.

Et puis il y a eu l'été dernier. Vous vous souvenez sans doute de cette interminable, de ces trois semaines sans un souffle d'air, où les cigales elles-mêmes semblaient avoir perdu la voix. Pas une pas une brise : le mistral avait déserté. Je m'attendais à voir Mme Fabre plus sereine que jamais. Ce fut tout l'inverse. Jamais je ne l'avais vue d'aussi méchante humeur. Elle se disputait avec le facteur, avec le boulanger, avec ses géraniums.

Un soir, je l'ai trouvée assise sur son banc, l'air regardant le ciel immobile. « Vous savez ce qui me manque ? a-t-elle soupiré. De pouvoir dire que c'est le vent. » J'ai cru d'abord à une plaisanterie. Elle ne plaisantait pas. Sans mistral, a-t-elle poursuivi, sa mauvaise humeur n'avait plus d'excuse ; il fallait bien admettre qu'elle venait d'elle. « Et ça, mon pauvre, c'est beaucoup plus fatigant. »

Je repense souvent à cette confession. Nous avons tous besoin, je crois, d'un mistral : une force extérieure, vaguement absurde, à laquelle ce que nous n'avons pas envie de reconnaître comme nôtre. Ce n'est pas très courageux, j'en conviens. Mais c'est peut-être ce qui permet de vivre ensemble sans se fâcher pour de bon. On se pardonne plus facilement quand on peut accuser le ciel.

Le mistral est revenu fin août, d'un coup, en pleine nuit, faisant claquer tous les volets de la rue. Au matin, Mme Fabre m'a crié par-dessus la haie que j'avais encore mal rangé mes poubelles. Elle souriait jusqu'aux oreilles. Tout était rentré dans l'ordre.

Comprehension check

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1. How does the columnist treat the legend about courts and the mistral?

2. Why does he call the mistral "le coupable idéal"?

3. How did Mme Fabre behave during the windless heat wave?

4. What did Mme Fabre miss when the wind stopped?