Travel writing
Une nuit à Ouessant
A storm strands a travel writer on the island of Ouessant, off Brittany, where an old former lighthouse keeper keeps watch at his window.
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Words to know (12)
- à fleur d'eau · just at the surface of the water
- gifler · to slap
- la pierre sèche · dry stone (without mortar)
- le naufragé · shipwrecked person, castaway
- sauter · to cut out, to blow (of electricity)
- vacillant · flickering
- la motte · clod (of earth, turf)
- rapiécé · patched
- la relève · changeover, relief (of a shift)
- le défunt · the deceased
- le faisceau · beam (of light)
- l'éclat · flash (of light)
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« Qui voit Ouessant voit son sang », dit le proverbe. Les marins le répètent depuis des siècles, et je comprends pourquoi depuis hier. L'île la plus occidentale de France métropolitaine, à vingt kilomètres du Finistère, est entourée de courants parmi les plus violents d'Europe, de récifs à d'eau et d'une brume qui tombe en quelques minutes. J'étais venue pour deux jours de randonnée. La tempête, elle, avait prévu autre chose.
Le bateau du retour a été annulé à midi. Le vent soufflait à plus de cent kilomètres-heure, les vagues la jetée du Stiff et les moutons de l'île, petits et noirs, s'étaient tous couchés à l'abri des murets de pierre le dos au vent, avec un fatalisme admirable. Il ne restait qu'à trouver un lit. Maïwenn, qui tient une chambre d'hôtes au bourg de Lampaul, m'a accueillie sans poser de questions, comme on accueille ici les depuis toujours.
Le soir, l'électricité a Maïwenn a allumé des bougies, ranimé le poêle, et nous avons dîné à la lueur des flammes : un ragoût d'agneau cuit sous les spécialité de l'île, et une bouteille de cidre. Son père, Yann, nous a rejoints. Quatre-vingt-quatre ans, un pull marin aux coudes, des mains énormes. Il a été gardien de phare pendant vingt-six ans, dont onze à la Jument, ce phare planté sur un rocher au large, battu par des vagues qui montent parfois jusqu'à sa lanterne.
Je lui ai demandé comment on vivait, enfermé des semaines dans une tour de pierre au milieu de l'océan. Il a mis longtemps à répondre. « On ne vivait pas, on veillait. Ce n'est pas pareil. » Il m'a raconté les impossibles, quand la mer interdisait aux bateaux d'approcher et qu'on restait un mois de plus avec les mêmes conserves et le même collègue. Les nuits de tempête où toute la tour tremblait, où la vaisselle tombait des étagères, et où il fallait quand même gravir l'escalier pour remonter le mécanisme toutes les quatre heures.
Puis il a parlé, plus bas, des « proëllas ». Autrefois, quand un marin d'Ouessant disparaissait en mer et que son corps n'était jamais retrouvé, on veillait chez lui une petite croix de cire, qui remplaçait le absent. On la déposait ensuite dans un mausolée, à l'église. « Il y en a des centaines, a-t-il dit. Des pères, des fils, des frères. Mon grand-père en fait partie. C'est pour eux qu'on gardait la lumière. Pour qu'il n'y ait plus de croix de cire. »
Le phare de la Jument a été automatisé en 1991. Yann a été l'un des derniers à le quitter. Depuis, une machine allume la lanterne, la surveille et signale ses pannes à un ordinateur de Brest. « Elle fait très bien son travail, a-t-il reconnu sans amertume. Mieux que nous, sans doute. Elle ne s'endort jamais. » Il a marqué un temps. « Mais elle ne sait pas pour qui elle brille. »
Vers minuit, alors que la tempête redoublait, je l'ai trouvé debout devant la fenêtre de la cuisine, une bougie à la main. Au loin, à travers la pluie, le du phare du Créac'h balayait la nuit : deux blancs, puis l'obscurité, puis deux encore. Yann comptait à mi-voix. « Deux toutes les dix secondes. Il marche. » Maïwenn m'a expliqué plus tard qu'il faisait cela à chaque tempête, depuis trente ans. Il ne se couchait qu'une fois certain que tous les phares de l'île tournaient.
Le lendemain, la mer s'était calmée comme si de rien n'était. Le bateau est reparti à onze heures, sous un ciel lavé, d'un bleu presque insolent. Sur le pont, j'ai regardé l'île s'éloigner, ses murets, ses moutons noirs, ses phares dressés comme des sentinelles. On écrit beaucoup sur l'automatisation qui remplace les hommes. On écrit moins sur les hommes qui continuent, sans que personne ne le leur demande, de faire le travail des machines, au cas où.
Comprehension check
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1. Why couldn't the narrator leave the island?
2. What was a "proëlla"?
3. What does Yann say the automatic lighthouse cannot do?
4. What does Yann do during every storm?