Travel writing
Le traversier de Tadoussac
On the free ferry across the Saguenay fjord in Quebec, a French traveller is taken in hand by a talkative retired woman who has made the crossing thousands of times.
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Words to know (12)
- le traversier · ferry (Quebec)
- l'embouchure · mouth (of a river)
- le pont · deck (of a ship)
- le bastingage · ship's rail
- aborder · to come up to and speak to
- geler tout rond · to freeze solid (Quebec, informal)
- se heurter à · to run into, to collide with
- la bouée · buoy
- l'écume · foam, spray
- pis · and (Quebec, informal; from puis)
- le veau · calf (also a young whale)
- accoster · to dock, to berth
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Le qui relie Baie-Sainte-Catherine à Tadoussac ne met que dix minutes à franchir du Saguenay. Il est gratuit, part toutes les vingt minutes, et les guides le présentent comme une simple formalité sur la route 138. C'est une erreur. Ces dix minutes comptent parmi les plus belles qu'on puisse passer au Québec, à condition de sortir de sa voiture et de monter sur le ce que presque personne ne fait.
Ce matin d'août, nous n'étions que deux, accoudés au dans un vent qui sentait le sel et la résine. Ma voisine portait un coupe-vent rouge, des jumelles autour du cou, et cette assurance tranquille des gens qui sont chez eux. Elle a dû remarquer à mon accent que je venais de France, car elle m'a sans préambule. « Vous êtes pas mal chanceux, vous. Il fait beau. D'habitude, en août, on tout rond sur le »
Elle s'appelait Ginette, avait soixante-dix-huit ans, et prenait ce deux fois par jour depuis plus de quarante ans. Je lui ai demandé si elle travaillait de l'autre côté. Elle a éclaté de rire. « J'ai pris ma retraite en 2009, mon homme. Je traverse pour rien. Enfin, pas pour rien. » Et elle a levé ses jumelles vers l'eau sombre du fjord, où le courant du Saguenay, chargé de terre et de feuilles, vient se aux eaux froides et vertes du Saint-Laurent.
Pendant les dix minutes de la traversée, Ginette m'a donné un cours accéléré de québécois que je ne suis pas près d'oublier. J'ai appris que l'on ne fait pas ses courses mais qu'on « magasine », qu'une voiture est un « char », que l'épicerie du coin s'appelle un « dépanneur », et qu'une chose ennuyeuse est « plate ». J'ai aussi appris qu'un Français qui dit « super sympa » toutes les trois phrases se fait repérer à cent mètres, ce qui m'a fait rougir, car je venais de le dire deux fois.
Puis elle s'est tue d'un coup et m'a saisi le bras. « Là. À droite de la » J'ai d'abord cru à une vague, une crête un peu plus blanche que les autres. Puis le dos a émergé de nouveau, lisse, laiteux, presque irréel, suivi d'un second, plus petit et grisâtre. « Une mère son petit, a murmuré Ginette. Le petit est gris jusqu'à cinq ou six ans. Après, il blanchit, comme nous autres. »
Les bélugas du Saint-Laurent sont les derniers de leur espèce à vivre aussi loin au sud. Ils étaient plus de dix mille au début du vingtième siècle ; on en compte aujourd'hui moins de deux mille, menacés par la pollution, le bruit des navires et le réchauffement de l'eau. Ginette connaît ces chiffres par cœur. Elle a été, pendant trente ans, technicienne au centre de recherche de Tadoussac. Depuis sa retraite, elle continue de noter, dans un carnet à spirale, chaque béluga qu'elle aperçoit depuis le du
« Ça sert à rien, je le sais bien, m'a-t-elle confié. Les chercheurs ont des drones, des hydrophones, des affaires bien plus précises que mes vieux yeux. » Elle a pourtant sorti son carnet et inscrit, d'une écriture minuscule : 9 h 40, deux individus, mère et à l'est de la « Mais si j'arrête de compter, j'ai peur d'arrêter de les voir. s'il y a personne pour les voir, j'ai peur qu'ils s'en aillent pour de bon. »
Le a à Tadoussac dans un grondement de chaînes. Ginette a rangé son carnet, m'a souhaité bon voyage et m'a recommandé, si je trouvais un moment plate dans mon séjour, de revenir prendre le Elle allait, elle, repartir dans l'autre sens par le bateau suivant. J'ai roulé jusqu'à Baie-Comeau ce jour-là, mais je n'ai pas cessé de penser à elle, à son carnet, et à cette idée étrange et belle que regarder quelque chose, c'est déjà un peu le protéger.
Comprehension check
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1. According to the narrator, what do most people do during the crossing?
2. Why did the narrator blush?
3. How can you tell the young beluga from its mother?
4. Why does Ginette keep counting belugas, even though she thinks it is useless?