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Short story

La file d'attente

A Parisian woman joins a long queue in the Marais without knowing what it is for.

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Words to know (10)
  • la file d'attente · queue, line
  • dissimuler · to conceal
  • le velours · corduroy, velvet
  • dégagé · casual, offhand
  • la pénurie · shortage, scarcity
  • souder · to bind together (literally 'to weld')
  • le seuil · threshold
  • se moquer du monde · to take people for fools
  • étourdi · dazed
  • refaire le monde · to put the world to rights

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Je n'avais rien à faire ce samedi-là, ce qui, à Paris, est une situation suspecte qu'il convient de au plus vite. Je remontais la rue Vieille-du-Temple quand j'ai vu la Une soixantaine de personnes, alignées le long du trottoir avec cette patience particulière qui signale, chez le Parisien, la proximité d'un produit rare. Je me suis placée derrière un jeune homme en veste de Je ne savais pas ce qu'on attendait. C'était précisément ce qui rendait la chose irrésistible.

« C'est bien ici, pour le croissant ? » ai-je demandé au jeune homme, sur un ton Il m'a regardée avec une pitié polie. Non, ce n'était pas pour le croissant, c'était pour la nouvelle collection d'une créatrice de sacs anversoise, en édition limitée. La dame devant lui s'est retournée : pas du tout, c'était une dégustation gratuite de vins orange. Un monsieur plus loin a affirmé qu'il s'agissait d'un casting pour une série. Chacun défendait sa version avec la certitude des gens qui n'en savent rien.

Au bout d'une heure, nous avions avancé de quatre mètres et nous étions devenus une petite société. Le jeune homme en s'appelait Ismaël et faisait une thèse sur les lichens. La dame aux vins orange, Mme Duchesne, avait été professeure de latin à Versailles et nous corrigeait la grammaire par réflexe. Le monsieur du casting, Patrick, avait apporté un thermos de café qu'il faisait circuler avec une générosité de chef de tribu. Derrière nous, la s'était allongée jusqu'au coin de la rue des Rosiers.

Vers la deuxième heure, une rumeur a remonté la  : quelqu'un, devant, aurait aperçu une célébrité. On n'a jamais su laquelle. Puis une autre : il ne resterait plus que cinquante exemplaires. De quoi ? Peu importait. L'angoisse de la a notre groupe d'une manière que je n'avais connue qu'aux enterrements et aux soldes. Mme Duchesne a fait le serment, si elle obtenait l'objet mystère avant nous, de le partager. Ismaël a demandé, très sérieusement, comment on partage un sac à main.

Vers la troisième heure, nous avons tourné le coin et découvert la porte. C'était l'entrée d'une petite galerie aux murs blancs. À l'intérieur, il n'y avait rien. Absolument rien, sinon une jeune femme assise sur un tabouret, qui tenait un compteur mécanique et appuyait dessus chaque fois que quelqu'un franchissait le Sur le mur, une plaque discrète : « La Performance participative. Du 1er au 30 juin. » Nous étions, sans le savoir, l'œuvre.

Patrick a protesté très fort qu'on se du monde. Mme Duchesne a déclaré que c'était parfaitement scandaleux et, d'ailleurs, assez intelligent. Ismaël riait si fort qu'il a dû s'asseoir sur le trottoir. L'artiste, impassible, a cliqué quatre fois sur son compteur. Elle nous a dit qu'elle s'intéressait à « ce qui naît entre les gens quand ils attendent ensemble quelque chose qui n'existe pas ». J'ai pensé que c'était la définition la plus exacte qu'on m'ait jamais donnée de la vie à Paris, et peut-être de la vie tout court.

Nous sommes sortis par l'autre porte, un peu Sur le trottoir, personne n'avait envie de partir. Patrick a proposé un verre ; Mme Duchesne a accepté à condition qu'il ne soit pas orange. Nous avons passé la soirée dans un bistrot de la rue de Bretagne, à le monde et la Ismaël m'a expliqué les lichens pendant une heure, et je l'ai écouté avec un intérêt qui m'a étonnée moi-même.

Je ne dirai pas combien de fois je suis retournée faire la queue, ce mois-là. Disons que l'artiste me salue désormais d'un petit signe de tête, et qu'elle ne clique plus quand je passe. Ismaël et moi, nous arrivons généralement ensemble. Nous ne savons toujours pas ce que nous attendons. C'est, je crois, ce qui nous plaît.

Comprehension check

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1. Why does the narrator join the queue?

2. What does the narrator say about the people in the queue arguing over what it is for?

3. What is behind the door?

4. What does the ending suggest?