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Short story

Le tailleur de la rue Blanchot

A Dakar tailor knows that his most demanding customer is not the important man he claims to be.

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Words to know (11)
  • coudre · to sew
  • l'ourlet · hem
  • le boubou · boubou, long flowing West African robe
  • froissé · crumpled
  • comme si de rien n'était · as if nothing had happened
  • le bazin · bazin, damask cotton fabric
  • gronder · to scold
  • la magistrature · the judiciary
  • la broderie · embroidery
  • se donner du mal · to go to a lot of trouble
  • démentir · to deny

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Mon atelier se trouve rue Blanchot, à Dakar, entre une boutique de téléphones et un marchand de café Touba. J'y depuis trente ans, d'abord avec mon père, puis seul, puis avec mes deux neveux, qui sont plus doués que moi pour les réseaux sociaux et moins doués pour les Un bon tailleur, disait mon père, doit savoir deux choses : prendre les mesures d'un homme, et ne jamais les répéter. J'ai appliqué ce principe toute ma vie. Je vais faire une exception, puisque l'homme dont je parle ne lira jamais ceci.

Il s'appelle Amadou Fall. Il est entré chez moi pour la première fois il y a sept ans, en et il m'a annoncé qu'il était conseiller au ministère de l'Équipement. Il lui fallait un costume pour une réception à la présidence, et vite. Il m'a parlé longuement de ses responsabilités, de ses voyages à Paris, des routes qu'il allait inaugurer. Je l'ai écouté en prenant ses mesures. Un tailleur sait beaucoup de choses par les mesures. Celui-là avait les épaules d'un homme qui porte des cartons, et le dos d'un homme qui passe ses journées assis au volant.

Je l'ai su avec certitude un mois plus tard. Je l'ai vu, par hasard, devant le ministère, en casquette, qui tenait la portière d'une grosse voiture noire pendant qu'en sortait un homme plus petit que lui, et beaucoup moins élégant, parce que ce pas moi qui l'habillais. Amadou était chauffeur. Il m'a aperçu. Il a détourné les yeux. Le lendemain, il est venu chercher son costume comme si de rien et il m'a demandé, avec une assurance magnifique, si je pouvais lui faire un prix « entre gens de qualité ».

Je lui ai fait un prix. Je lui en ai fait pendant sept ans. Il commandait deux tenues par an, pour la Tabaski et pour la fin du Ramadan, toujours en riche, toujours dans des couleurs que seul un ministre oserait porter, et il payait en trois fois, parfois en quatre. Mes neveux se moquaient de lui derrière son dos. Ils l'appelaient « Son Excellence ». Je les ai Un homme qui a besoin d'un titre pour entrer dans une boutique est un homme qui a souffert de ne pas en avoir, et ce n'est pas un sujet de plaisanterie.

Cette année, en septembre, il est arrivé avec un air que je ne lui connaissais pas. Sa fille aînée, Mariama, se mariait en décembre. Elle épousait le fils d'une famille importante de Saint-Louis, une vraie, avec un grand-père député et des oncles dans la Amadou voulait un grand brodé, le plus beau que j'aie jamais fait. Il m'a dit qu'il paierait tout, cette fois, d'avance. Il a posé une enveloppe sur ma table. Je savais ce que contenait cette enveloppe : six mois de salaire d'un chauffeur.

J'ai pris l'enveloppe et je l'ai rangée dans le tiroir. Puis j'ai travaillé six semaines sur ce la nuit, après la fermeture. Du bleu indigo, des d'or au col et aux manches, un motif que mon père m'avait appris et que je n'avais jamais utilisé pour personne. Mes neveux ne riaient plus. Ils venaient le soir me regarder sans rien dire, et l'un d'eux a fini par me demander pourquoi je me donnais tant de pour Son Excellence. Je lui ai répondu que je ne cousais pas pour Son Excellence, mais pour un père.

Le jour du mariage, j'étais invité. Je suis arrivé tard, discrètement. Amadou se tenait au milieu de la cour, dans son bleu, et il était, je le dis sans orgueil, l'homme le plus élégant de la fête, plus élégant que le député. Quand il m'a vu, il a traversé la foule, m'a pris par le bras et m'a présenté à la famille du marié. « Mon ami Ousmane, a-t-il dit, le tailleur des ministres. » J'ai salué tout le monde, et je n'ai pas Un tailleur ne répète jamais les mesures.

Le lendemain, j'ai glissé l'enveloppe, intacte, dans la boîte aux lettres de Mariama, avec un mot : « Cadeau du tailleur des ministres. » Amadou n'en a jamais parlé. Mais il est revenu en janvier, en et pour la première fois depuis sept ans, il ne m'a pas parlé du ministère. Il m'a parlé de sa fille. Nous avons pris un café Touba devant la boutique, comme deux hommes de qualité.

Comprehension check

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1. How does Ousmane first guess that Amadou is not a ministry adviser?

2. Why does Ousmane scold his nephews?

3. What does Ousmane do with the envelope of money?

4. What changes in Amadou's behavior at the end?