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Short story

Le guide de Québec

A tour guide in Old Quebec who embellishes his stories is challenged by a know-it-all Parisian in his group.

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Words to know (11)
  • de son cru · of one's own invention
  • guetter · to watch out for
  • le recueillement · reverence, contemplation
  • d'emblée · straight away
  • reprendre (quelqu'un) · to correct (someone)
  • se démonter · to lose one's composure
  • le flottement · moment of hesitation
  • le confrère · colleague, fellow professional
  • ne plus savoir où donner de la tête · not to know which way to turn
  • le pourboire · tip
  • l'apport · contribution

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Maxime Gagnon, guide touristique dans le Vieux-Québec depuis neuf ans, avait une philosophie simple : l'histoire est trop importante pour être laissée aux historiens. Il connaissait les dates, bien sûr. Mais il avait remarqué qu'un touriste français n'achète pas une date. Il achète une anecdote, de préférence avec un amour impossible, un fantôme ou une tempête de neige, et idéalement les trois. Alors Maxime, d'été en été, avait enrichi le patrimoine de la ville de quelques légendes de son

Ainsi, la fenêtre étroite d'une maison de la rue du Petit-Champlain était devenue celle d'une jeune Ursuline qui, en 1759, aurait pendant trois hivers le retour d'un soldat parti se battre sur les plaines d'Abraham. Le soldat n'était jamais revenu ; la jeune femme non plus, d'ailleurs, puisqu'elle n'avait jamais existé. Mais les touristes photographiaient la fenêtre avec et certains, Maxime l'aurait juré, avaient la larme à l'œil.

Ce jeudi-là, le groupe comptait vingt-deux personnes venues de France, et parmi elles un homme d'une soixantaine d'années, veste en tweed, foulard de soie, qui se présenta comme « un peu historien, à mes heures ». Dès la première halte, devant le Château Frontenac, il corrigea Maxime sur la date d'inauguration. Devant la Porte Saint-Louis, il le sur le nombre de canons. Les autres touristes commencèrent à se tourner vers lui avant de se tourner vers Maxime, ce qui, pour un guide, est le début de la fin.

Maxime ne se pas. Il en avait vu d'autres. Il emmena le groupe devant la fameuse fenêtre de la rue du Petit-Champlain et se lança dans l'histoire de l'Ursuline, en y ajoutant, pour l'occasion, une lettre retrouvée en 1902 dans un mur. L'homme au foulard l'écouta jusqu'au bout, les bras croisés, puis il déclara d'une voix forte que l'histoire était inexacte. La jeune femme ne s'appelait pas Marie-Ange, mais Geneviève, et la lettre n'avait pas été trouvée dans un mur, mais dans une bible, ainsi que le rapportaient des archives qu'il avait lui-même consultées.

Il y eut un moment de Maxime regarda l'homme. L'homme regarda Maxime. Et Maxime comprit, avec une joie professionnelle presque douloureuse, qu'il avait affaire à un « Vous avez tout à fait raison, monsieur, dit-il avec gravité. Je simplifie pour le grand public. Geneviève, bien sûr. Dans une bible. » L'homme hocha la satisfait. Les touristes, ravis, photographièrent la fenêtre deux fois plus.

À partir de là, la visite prit une tournure inédite. Maxime lançait une légende ; l'historien la corrigeait en l'embellissant. Le fantôme du Château Frontenac, selon lui, ne jouait pas du violon mais de la viole de gambe. Le tunnel secret sous la côte de la Montagne ne menait pas au fleuve mais à la cave d'un notaire. Le groupe ne savait plus où donner de la Une dame de Bordeaux remplissait un carnet entier. Jamais Maxime n'avait vu un public aussi heureux.

À la fin du circuit, sur la terrasse Dufferin, face au Saint-Laurent qui brillait comme une lame, l'homme au foulard s'approcha de Maxime et lui glissa dans la main un de cinquante dollars. « C'était un plaisir de travailler avec vous », dit-il simplement. Maxime lui demanda, à voix basse, de quelle université il venait. L'autre éclata de rire. Il n'était pas historien du tout. Il était guide à Carcassonne depuis trente ans, et il avait inventé, à lui seul, plus de chevaliers, de sorcières et de trésors cachés que tout le Moyen Âge réuni.

« Vous savez ce qu'on dit chez nous ? ajouta-t-il en remettant ses lunettes de soleil. Une ville sans légende, c'est un parking. » Maxime le regarda s'éloigner sur les planches de la terrasse. Puis il sortit son téléphone et nota, pour la visite du lendemain : « Geneviève. La bible. La viole de gambe. » Il n'était pas homme à gaspiller un bon scientifique.

Comprehension check

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1. What is Maxime's attitude to history as a guide?

2. What does Maxime realize when the man "corrects" the Ursuline legend?

3. How do the tourists react to the double act?

4. What does Maxime do at the very end?