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Art

Le repentir de Lascaux

A painter who copies the cave paintings of Lascaux for a replica discovers a hesitation left by an artist some eighteen thousand years ago, and must decide whether to copy it.

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Words to know (12)
  • la coque · shell, hull
  • le relevé · survey, record (of measurements)
  • la paroi · (cave or rock) wall
  • broyer · to grind, to crush
  • creux · hollow
  • le puits · shaft, well
  • éventré · disembowelled, ripped open
  • les entrailles · entrails, guts
  • le repentir · pentimento (painting); repentance
  • raté · botched, failed
  • plisser les yeux · to squint, to narrow one's eyes
  • trancher · to decide, to settle (a question)

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Je suis peintre, mais je n'ai jamais rien inventé. Mon métier consiste à refaire, au millimètre près, ce que d'autres ont fait avant moi. Depuis trois ans, je travaille dans un atelier de Montignac, en Dordogne, à la reproduction des peintures de la grotte de Lascaux. Mes collègues et moi recopions, sur des de résine moulées d'après les en trois dimensions de la grotte, les taureaux, les chevaux et les cerfs peints il y a environ dix-huit mille ans. Les visiteurs ne verront jamais l'original. Ils verront notre copie.

La grotte est fermée au public depuis 1963. Découverte en septembre 1940 par quatre adolescents partis, raconte la légende, à la recherche de leur chien tombé dans un trou, elle avait accueilli, à partir de 1948, des centaines de milliers de visiteurs. Leur souffle, leur chaleur, le gaz carbonique qu'ils expiraient avaient fait apparaître sur les des taches vertes, puis blanches. Les peintures, qui avaient traversé les millénaires, commençaient à mourir en une génération. André Malraux, alors ministre, fit fermer l'entrée.

On fait donc des copies. Les premières datent des années quatre-vingt. La nôtre est plus fidèle encore : chaque relief de la roche, chaque fissure, chaque trace de calcite a été scanné, puis reproduit. Nous peignons avec les mêmes pigments que les hommes du paléolithique, des ocres et des oxydes de manganèse appliqués au tampon, au pinceau, ou soufflés à la bouche à travers un os Nous avons appris à faire les mêmes gestes qu'eux. Parfois, en fin de journée, j'ai les lèvres noires de manganèse, comme eux sans doute.

Il y a quelques mois, on m'a confié la scène du C'est l'image la plus mystérieuse de la grotte : un homme schématique, à tête d'oiseau, renversé devant un bison dont les pendent. Personne ne sait ce qu'elle raconte. Une chasse qui tourne mal, une transe de chaman, un mythe dont nous avons perdu la clé. J'ai étudié pendant des semaines les photographies à très haute définition, centimètre par centimètre, avant d'oser poser le premier trait.

C'est là que je l'ai vu. Sur le dos du bison, sous la ligne noire définitive, apparaissait en transparence une autre ligne, plus haute, plus hésitante, que le peintre avait recouverte. Un comme on dit en peinture : la trace d'une erreur corrigée. Quelqu'un, dix-huit mille ans plus tôt, à la lueur d'une lampe à graisse, avait tracé le dos de l'animal, l'avait trouvé faux, et avait recommencé un peu plus bas. Je suis restée de longues minutes devant mon écran, la gorge serrée.

Je m'étais toujours représenté ces artistes comme des êtres d'une autre nature, presque des dieux, dont la main ne tremblait jamais. Cette ligne me les rendait soudain proches. Je connaissais ce geste. Je l'avais fait mille fois : ce moment où l'on recule d'un pas, où l'on les yeux, où l'on se dit que non, ce n'est pas tout à fait ça. Le peintre du s'était trompé, et il avait recommencé. Il était des nôtres.

Restait une question, plus délicate qu'il n'y paraît. Fallait-il reproduire le  ? Il était à peine visible, les visiteurs ne le remarqueraient pas. Le reproduire, c'était passer des heures sur un détail que personne ne verrait. Ne pas le reproduire, c'était corriger, en quelque sorte, l'artiste préhistorique, et livrer au public une version plus parfaite que l'original. Nous en avons débattu un après-midi entier, à l'atelier, avec une passion que nos familles auraient trouvée comique.

J'ai fini par J'ai d'abord peint la ligne fausse, la plus haute, avec soin, puis je l'ai recouverte, comme lui, et j'ai tracé la bonne en dessous. Personne ne la verra. Mais je sais qu'elle est là. Dans la copie qu'admireront des millions de visiteurs, il y a désormais deux erreurs superposées : celle d'un homme de Cro-Magnon et la mienne, qui consiste à l'avoir imité jusque dans sa maladresse. Je crois que c'est la plus belle chose que j'aie jamais peinte.

Comprehension check

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1. Why was the Lascaux cave closed to the public?

2. What is a "repentir" in painting, according to the story?

3. How did the discovery change the narrator's view of the prehistoric artists?

4. What did she finally decide to do?