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Travel writing

Le volcan poli

On Réunion Island, a traveller who missed the chance to see the Piton de la Fournaise erupt meets an old woman who once watched its lava stop at a church door.

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Words to know (12)
  • jaillir · to spurt out, to gush
  • dépité · dejected, vexed
  • le gaillard · strapping fellow
  • la coulée · (lava) flow
  • figé · frozen, solidified
  • la boursouflure · blister, swelling
  • la fougère · fern
  • engloutir · to swallow up, to engulf
  • écosser · to shell (peas, beans)
  • la case · small house, hut (in the tropics)
  • malicieux · mischievous
  • la rancune · grudge, resentment

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Quand le Piton de la Fournaise est entré en éruption, un mardi soir, toute l'île de La Réunion a semblé retenir son souffle, puis prendre sa voiture. Le volcan, l'un des plus actifs du monde, se réveille presque chaque année, et chaque fois c'est la même ferveur : les Réunionnais montent en famille, avec glacières et thermos, pour voir la lave dans la nuit. J'avais passé trois semaines à espérer ce moment. Je me suis précipitée, moi aussi, sur la route des Plaines.

Je n'étais pas seule à avoir eu l'idée. À vingt kilomètres du sommet, la file de voitures ne bougeait plus. À minuit, la préfecture a fermé l'accès à l'enclos, par crainte des gaz et des projections. J'ai fait demi-tour, en apercevant à peine, au-dessus des crêtes, une lueur orangée qui aurait pu être celle d'une ville lointaine. Mon guide, Johnny, un grand de Saint-Pierre qui ponctue toutes ses phrases d'un « lé bon » apaisant, m'a promis de me consoler le lendemain.

Il m'a emmenée sur la côte est, à Sainte-Rose, là où le volcan, quand il déborde, finit sa course dans l'océan. La route traverse des de lave de différentes époques, noires, en vagues, en cordes, en étranges. Certaines sont nues comme au premier jour ; d'autres sont déjà colonisées par des et de jeunes filaos. « Ici, m'a expliqué Johnny, on sait toujours de quand date le paysage. Il suffit de regarder ce qui pousse dessus. »

Au bord de la route se dresse une petite église blanche, Notre-Dame-des-Laves. En 1977, une a dévalé la pente, des maisons, coupé la route, puis s'est arrêtée net devant le portail de l'église, qu'elle a contournée avant de reprendre son chemin vers la mer. On voit encore la langue de roche noire à quelques centimètres des marches. Les photos de l'époque ont fait le tour du monde. Les journaux ont parlé de miracle.

Sur un banc, devant l'église, une vieille dame des haricots dans une bassine en plastique. Johnny l'a saluée en créole ; elle s'appelait Mme Hoarau, avait quatre-vingt-onze ans et habitait le même quartier depuis toujours. Elle avait vu la de 1977 de ses propres yeux. Je lui ai demandé, avec la maladresse de ceux qui viennent de loin, si elle croyait au miracle. Elle a ri, longtemps, sans cesser

« Miracle, miracle... Les zoreils aiment bien ce mot-là. » Les zoreils, m'a soufflé Johnny, ce sont les métropolitains, c'est-à-dire moi. « Moi, je crois que le volcan est poli. Il est arrivé devant la maison du Bon Dieu, il a vu que la porte était fermée, il a fait le tour. Comme quand tu vas chez quelqu'un et qu'il n'y a personne. Tu ne casses pas la porte. Tu passes par le jardin. » Elle m'a regardée, l'œil « Il a cassé ma maison, par contre. Avec moi, il n'a pas été poli. »

Elle avait perdu sa en 1977, puis l'avait reconstruite presque au même endroit, cent mètres plus loin. Je lui ai demandé pourquoi elle n'était pas partie s'installer ailleurs, loin du volcan. Elle a haussé les épaules, a posé une poignée de haricots dans la bassine. « Partir où ? Ici, la terre est neuve. Elle a cinquante ans, comme mon fils. Le volcan, il prend, et puis il donne. Tu ne peux pas aimer l'île et détester le volcan. C'est le même. »

Je n'ai jamais vu l'éruption de près. Elle s'est arrêtée trois jours plus tard, avant que la route ne rouvre. Mais je garde de La Réunion ce paysage où l'on lit l'âge du sol aux plantes qui y poussent, cette église qu'une rivière de feu a évitée par politesse, et cette femme qui ses haricots à cent mètres de l'endroit où elle avait tout perdu, sans comme on vit à côté d'un voisin difficile qu'on a fini par aimer.

Comprehension check

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1. Why did the narrator fail to see the eruption?

2. According to Johnny, how can you tell the age of the landscape at Sainte-Rose?

3. How does Mme Hoarau explain what happened at the church in 1977?

4. Why has Mme Hoarau never left the area?