Short story
L'Horloge de Morteau
In the manner of a nineteenth-century conte fantastique, an engineer inherits a clockmaker's grandfather clock in the Haut-Doubs, along with a warning never to wind it after midnight.
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Words to know (11)
- se taire · to fall silent
- démentir · to contradict, deny
- le balancier · pendulum
- repoussé · embossed (metal)
- la consigne · instruction, order
- la toile cirée · oilcloth
- cacheté · sealed
- franchir · to cross, go through
- le réverbère · streetlamp
- vacillant · flickering
- esquisser · to begin, sketch (a movement)
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Je n'ai jamais raconté cette histoire à personne, et si je l'écris aujourd'hui, c'est que l'horloge s'est et qu'elle ne peut plus, je crois, me
Mon grand-oncle Anselme Jacquemet mourut en février, dans sa maison de Morteau, à l'âge de quatre-vingt-quatorze ans. Il avait été horloger toute sa vie, comme son père et le père de son père, dans ce Haut-Doubs où l'on fabriquait autrefois, l'hiver, quand la neige isolait les fermes, des mouvements de montres pour les maisons suisses. Il ne s'était jamais marié. Il me laissa la maison, ses outils et une horloge comtoise de deux mètres de haut, au de cuivre qu'il avait toujours refusé de vendre. Sur le cadran, une étiquette jaunie portait, de son écriture serrée, cette seule phrase : Ne la remonte jamais après minuit.
Je m'installai là-haut au début du printemps, pour vider la maison. J'étais un homme raisonnable, ingénieur à Besançon, peu porté sur les superstitions, et je respectai la pendant six jours, moins par crainte que par une sorte de politesse envers le mort. Le jour, je triais des boîtes de ressorts, des loupes, des cadrans sans aiguilles ; le soir, le battait dans la salle avec une régularité de cœur bien portant, et je m'endormais en le comptant. Le septième soir, j'avais bu un peu de vin jaune ; l'horloge s'était arrêtée ; il était minuit dix. Je pris la clé et je remontai le mécanisme.
L'horloge sonna treize coups. Je les comptai, incrédule, et au treizième une odeur envahit la pièce, une odeur de tabac gris et de cire que je n'avais plus sentie depuis mes visites d'enfant. La cuisine, que j'avais vidée l'après-midi même, était rangée comme autrefois ; une toile à fleurs couvrait la table ; un calendrier des Postes, au mur, indiquait le 14 octobre 1956. Sur le buffet, une enveloppe était adressée à Mademoiselle Lucienne Faivre, à Pontarlier. Je n'osai pas la toucher. Au fond du couloir, derrière la porte de l'atelier, quelqu'un toussait, d'une toux de jeune homme. À l'aube, tout avait disparu.
Les nuits suivantes, je remontai l'horloge à minuit passé, et chaque fois revint le même soir d'octobre 1956. Je compris peu à peu ce que le vieil homme avait fait de ses nuits pendant soixante ans. Ce 14 octobre, il avait écrit à Lucienne Faivre pour lui demander sa main, et il n'avait jamais posté la lettre. Puis, je ne sais par quel art, il avait fabriqué ou trouvé une horloge capable de lui rendre ce soir-là, et il y était retourné toute sa vie, comme on retourne sur les lieux d'un crime, sans jamais oser la porte, l'enveloppe à la main. Dans un carnet, je trouvai le compte, tenu avec une exactitude d'horloger : vingt et un mille quatre cent trois soirées. Il eût suffi qu'il descendît une seule fois jusqu'à la boîte aux lettres de la Grande-Rue.
La dernière nuit, je pris l'enveloppe. Elle était tiède, comme si quelqu'un venait de la tenir. Je sortis dans la rue déserte, où des que la commune avait remplacés depuis longtemps jetaient une lumière jaune et et je la glissai dans la boîte. Quand je rentrai, l'horloge s'était arrêtée, le immobile, et rien, ni la clé ni mes efforts, ne put la remettre en marche.
Trois semaines plus tard, je reçus un courrier d'une maison de retraite de Pontarlier. L'écriture était tremblante, appliquée, une écriture de vieille institutrice. Madame Lucienne Faivre, quatre-vingt-onze ans, remerciait la famille Jacquemet de lui avoir fait parvenir, par une erreur de la Poste sans doute, une lettre datée de 1956. Elle ajoutait seulement, au bas de la page, d'une encre plus appuyée : J'ai dit oui. Il y a soixante ans que je le dis. Dites-lui que la réponse était oui.
Je n'ai pas su quoi faire de cette lettre. Je l'ai glissée contre le cadran, à la place de l'étiquette. Il me semble parfois, la nuit, entendre derrière la porte vitrée du boîtier le un mouvement, comme quelqu'un qui hésiterait encore.
Comprehension check
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1. What warning was attached to the clock?
2. What happened when the narrator wound the clock after midnight?
3. What had Anselme done with his nights for sixty years?
4. What did Lucienne's reply say?