Short story
Le Dictionnaire des mots qui manquent
A retired French teacher in Rennes fills a notebook with words the language lacks, and becomes famous, and an enemy of the Académie française, when her grandson posts it online.
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Words to know (11)
- le feutre · felt-tip pen
- se tâter · to pat, feel (oneself)
- le gisement · deposit, untapped resource
- entre la poire et le fromage · casually, at the end of a meal
- baptiser · to name, christen
- le mépris · contempt
- encombrer · to clutter
- forger · to coin, forge (a word)
- au propre · neatly, as a fair copy
- contrit · contrite, remorseful
- la fiche bristol · index card
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Odile Kerjean avait enseigné le français pendant trente-huit ans dans un collège de Rennes, et elle en avait gardé deux certitudes : que les enfants comprennent tout, et que la langue française, malgré ses cent mille mots, manque cruellement de vocabulaire. Le jour de sa retraite, au lieu de s'inscrire au club de randonnée comme le lui conseillait sa fille, elle acheta un grand cahier à spirale et écrivit sur la couverture, au noir : Dictionnaire des mots qui manquent.
Elle y travaillait le matin, à la table de la cuisine, avec la même rigueur que si elle avait préparé un sujet de brevet. Chaque mot avait sa catégorie grammaticale, sa définition, son exemple et, quand il le fallait, son étymologie. On y trouvait la clépalpation, nom féminin, « geste par lequel on se successivement toutes les poches, en sortant de chez soi, pour vérifier la présence des clés » ; le verbe dimanchir, « devenir gris et vaguement coupable vers seize heures, un dimanche » ; ou encore l'esprit d'ascenseur, « réplique parfaite qui vous vient tant que l'interlocuteur est encore là, mais que la timidité vous empêche de prononcer », complément naturel, notait-elle, du célèbre esprit de l'escalier.
Son petit-fils Yanis, qui faisait des études de communication à Nantes et considérait sa grand-mère comme un inexploité, photographia trois pages un dimanche, entre la et le fromage, et les publia sur un réseau social. Le lundi, la clépalpation avait été partagée quarante mille fois. Le mardi, un journaliste de Ouest-France sonnait à la porte. Le jeudi, une agence de publicité proposait à Odile une somme indécente pour un sac à main. Elle refusa, par principe, puis par plaisir, et inventa pour l'occasion la publicitude, « état d'un mot qui a servi à vendre quelque chose et ne sait plus rien dire d'autre ».
Le succès lui valut aussi des ennemis. Le plus distingué fut un membre de l'Académie française, M. Hippolyte de Saint-Aubert, qui consacra à son cahier une chronique entière dans un grand quotidien du soir. Il y dénonçait, dans une prose admirable de « ces fabricants de mots en kit qui croient enrichir la langue quand ils ne font que », et observait qu'il eût mieux valu que ces dames apprissent les mots existants avant que d'en de nouveaux. Odile découpa l'article, le colla dans son cahier et ajouta, à la lettre I, immortalité, sens 2 : « état de celui qui, ayant été élu pour défendre une langue vivante, s'emploie à la conserver morte ». Yanis le publia aussi. Cela fit beaucoup rire, sauf quai de Conti.
Ce que personne ne vit, ce fut la dernière page du cahier. Elle n'était pas recopiée au comme les autres ; l'écriture y penchait davantage. On y lisait un seul mot : le côté-froid, nom masculin. Définition : « dans un lit conjugal, la moitié restée intacte le matin, depuis que l'autre est parti ; par extension, toute place qu'on continue à laisser libre, par habitude ou par fidélité, et dont on ne sait plus si elle vous console ou vous accuse ». Pas d'exemple. Le mari d'Odile, Jean-Yves, était mort trois ans plus tôt, au mois de novembre. Elle n'avait pas montré cette page à Yanis.
Au printemps arriva une lettre au papier épais, à l'en-tête de l'Institut. Odile la lut debout, devant la boîte aux lettres, prête à la bataille. Elle n'en eut pas besoin. M. de Saint-Aubert, en trois paragraphes d'une écriture élégante et ne retirait rien de ses critiques ; il confiait seulement qu'il avait perdu sa femme à l'automne, qu'il avait cherché en vain, dans les neuf éditions du Dictionnaire de l'Académie, un mot pour ce qu'il éprouvait le matin, et qu'il se demandait, au cas où elle en aurait un, si elle consentirait à le lui prêter. Il promettait de ne pas le publier.
Elle lui répondit le soir même. Elle avait recopié au sur une fiche la définition du côté-froid. Au dos, elle ajouta un mot qu'elle venait d'inventer et qu'elle ne mit jamais dans son cahier : confraternité, sens 2, « solidarité inattendue entre deux personnes qui se détestaient pour de bonnes raisons et qui se découvrent la même place vide ». Elle signa, hésita, puis ajouta un post-scriptum : « Vous êtes autorisé à l'utiliser. Les mots, Monsieur, ne sont faits que pour être prêtés. »
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1. What does Odile's invented verb "dimanchir" mean?
2. How does Odile's notebook become famous?
3. Why had Odile not shown the last page to Yanis?
4. What does the academician ask for in his letter?