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Short story

La Demoiselle du téléphone

During the 1900 World's Fair, a Paris switchboard operator forbidden to say anything but set formulas receives a desperate call in the middle of the night.

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Words to know (12)
  • le standard · switchboard
  • la fiche · plug (on a switchboard)
  • arpenter · to pace up and down
  • le corsage · bodice, blouse
  • les flonflons · oompah music of a popular dance
  • le voyant · indicator light
  • la bribe · fragment, scrap
  • la sage-femme · midwife
  • somnoler · to doze
  • enfreindre · to break, to infringe (a rule)
  • la retenue (sur salaire) · deduction from wages
  • à part soi · privately, to oneself

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En 1900, Paris recevait le monde. L'Exposition universelle faisait tourner ses trottoirs roulants, illuminait sa fée Électricité, empilait les pavillons du Siam, du Transvaal et de la Finlande au bord de la Seine, et cinquante millions de visiteurs se pressaient pour voir le siècle à venir. Louise Marchal, elle, le voyait de dos, assise dix heures par jour devant un du central Gutenberg, un casque sur la tête et cent de cuivre à portée de la main. Elle était une demoiselle du téléphone, et l'avenir, pour elle, avait la forme d'un trou dans un panneau de bois.

Le règlement de l'administration des Postes et Télégraphes tenait en quarante pages et en un principe : la demoiselle n'existe pas. Elle ne devait prononcer que les formules prévues, « J'écoute », « Quel numéro demandez-vous ? », « Parlez », « La ligne est occupée », et jamais un mot de plus. Il lui était interdit d'écouter les conversations, de répondre aux plaisanteries des abonnés, d'avoir l'air pressé, d'avoir l'air lent, d'avoir l'air. Une surveillante, madame Ravaut, les rangées dans son noir, le regard posé sur les nuques comme une main.

C'était la nuit du 13 au 14 juillet. Louise avait demandé le service de nuit pour pouvoir voir, au matin, le défilé avec sa sœur. Le central était presque vide ; on entendait, par les fenêtres ouvertes, les pétards des enfants et les d'un bal de quartier. À une heure du matin, un s'alluma. « J'écoute. » Une voix d'homme, essoufflée, donna un numéro de Belleville, celui d'un médecin. Louise enfonça la Pas de réponse. Elle essaya encore. Rien. « L'abonné ne répond pas », dit-elle, conformément au règlement.

Alors la voix se brisa. L'homme expliqua, par que sa femme accouchait, que quelque chose n'allait pas, que la était repartie, qu'il avait couru jusqu'au café d'en bas pour trouver le seul téléphone de la rue, qu'il ne connaissait aucun autre médecin. Louise regarda la surveillante de nuit, qui au fond de la salle. Elle regarda le règlement, ouvert devant elle à la page des formules. Puis elle ôta la en enfonça une autre, puis une autre encore, et pour la première fois en quatre ans de service, elle parla avec sa propre voix.

Elle appela l'hôpital Saint-Louis, qui ne répondit pas, puis le commissariat du quartier, où l'on mit un temps infini à décrocher, puis, à force de supplier un agent, obtint l'adresse d'un médecin de garde rue de Belleville. Elle rappela le café, guida le pauvre homme, le rassura, lui fit répéter l'adresse deux fois. Pendant vingt minutes, la demoiselle du téléphone exista. Puis la ligne se tut, et Louise resta devant son panneau, les mains tremblantes, sans savoir si elle avait sauvé quelqu'un ou seulement brisé sa carrière.

Le lendemain, la surveillante de nuit fit son rapport. Louise fut convoquée chez madame Ravaut, qui lui lut d'une voix égale les articles qu'elle avait onze en tout, et lui infligea une de trois jours de salaire. Louise ne protesta pas. Elle n'avait pas vu le défilé. Elle n'avait jamais su la fin de l'histoire. Elle reprit sa place, son casque, ses formules, et ce qu'elle appelait désormais, à elle, sa vie de demoiselle qui n'existe pas.

Un mois plus tard, une enveloppe arriva au central Gutenberg, adressée, d'une écriture malhabile, « À la voix du 14 juillet ». Elle passa de bureau en bureau, fit rire les employés, embarrassa le chef de service, qui ne trouva dans le règlement aucune disposition applicable, et aboutit sur le bureau de madame Ravaut. Celle-ci la tourna longtemps entre ses doigts. Puis elle traversa la salle, s'arrêta derrière Louise et posa l'enveloppe devant elle, sans un mot.

Elle contenait une photographie de studio, un peu floue, où l'on voyait un nouveau-né endormi dans les bras d'une femme pâle et souriante. Au dos, une seule ligne : « Elle s'appelle Louise. » Quand la jeune femme leva les yeux, madame Ravaut regardait déjà ailleurs, le dos droit dans son noir. « Le règlement ne prévoit rien pour ce genre de courrier, mademoiselle Marchal, dit-elle sans se retourner. Je vous laisse donc libre d'en faire ce que vous voudrez. » Ce fut, de toute sa carrière, la seule phrase qu'on l'entendit prononcer en dehors des formules.

Comprehension check

0/4 answered

1. What is the underlying principle of the operators' rulebook?

2. Why is the man calling in the middle of the night?

3. What is Louise's punishment?

4. How does Madame Ravaut finally show her approval?