Short story
La Draille
A young vet sent to test GPS collars on a Provençal transhumance walks to the Alps with an old head shepherd who trusts only his goats.
Tap a dotted word for its meaning.
Words to know (12)
- la transhumance · seasonal moving of flocks to summer pastures
- l'alpage · high mountain pasture
- le baïle · (Provençal) head shepherd
- fada · (Provençal, colloquial) crazy, idiot
- la draille · (Provençal) old drove road used for transhumance
- le mas · traditional Provençal farmhouse
- le menon · (Provençal) castrated billy goat leading the flock
- la sonnaille · cowbell, bell worn by livestock
- pitchoune · (Provençal) little one, kid
- l'éboulis · scree
- rabattre · to round up, to drive back
- le mélèze · larch
Select any text to highlight it, or a word to translate it or save it to your flashcards.
Clémence Roux avait trente et un ans, un doctorat vétérinaire de l'école de Lyon, une tablette étanche et une mission précise : équiper de colliers GPS les trois mille brebis d'un groupement pastoral de la Crau pendant leur vers les de l'Ubaye, et démontrer, chiffres à l'appui, qu'un troupeau connecté se perdait moins qu'un troupeau ordinaire. Elle avait tout prévu, sauf Baptiste Reboul.
Le comme on appelle en Provence le berger en chef, avait soixante-douze ans, un chapeau qui en avait au moins quarante, et une méfiance de principe envers tout ce qui avait besoin d'être rechargé. « Mes bêtes, elles se rechargent à l'herbe, mademoiselle. Et quand elles se perdent, c'est qu'un les a mal menées. » Il lui serra pourtant la main, à sa manière, qui consistait à la regarder longuement sans rien dire, puis à lui tendre un bâton de châtaignier en disant : « Tenez. Votre tablette, elle vous aidera pas dans les cailloux. »
On partit de nuit, à pied, comme autrefois, parce que le groupement tenait à faire une partie du chemin par les ces vieilles routes de qui serpentent depuis des siècles entre les les vignes et les garrigues. En tête marchaient les de grands boucs castrés, majestueux et barbus, qui portaient au cou des énormes. Le troupeau les suivait comme une rivière suit son lit. Clémence regardait sur son écran les trois mille petits points bleus avancer en bon ordre, et ne pouvait s'empêcher d'en ressentir une fierté un peu enfantine.
Les premiers jours, la technologie triompha. Clémence repéra, grâce aux colliers, une brebis boiteuse qui traînait en queue, une autre qui s'était égarée dans un champ de lavande, et elle montra les courbes au avec un rien de triomphe. Baptiste regarda l'écran, hocha la tête, puis désigna du menton la brebis boiteuse, qu'il avait déjà remarquée la veille, et la lavande, où il savait qu'elle irait parce qu'elle y allait tous les ans. « Vous avez une belle machine, Elle voit ce que je vois. Mais moi, je vois aussi ce qu'elles vont faire. »
Le quatrième soir, alors qu'on approchait des cols, le temps tourna. Un orage de montagne, de ceux qui arrivent sans prévenir et repartent sans s'excuser, s'abattit sur le troupeau en plein passage d'un La grêle crépitait sur les dos de laine. Les éclairs se succédaient si vite que la nuit en devenait blanche. Clémence, trempée jusqu'aux os, consulta sa tablette : plus de réseau, plus de satellite, plus rien. Trois mille points bleus s'étaient éteints d'un coup, et elle comprit avec une sorte d'effroi qu'elle ne savait pas, sans eux, où se trouvaient trois mille bêtes bien réelles.
Baptiste, lui, ne regardait rien. Il écoutait. Au milieu du fracas, il distinguait, Dieu sait comment, le timbre grave des des qui avançaient lentement, sans s'affoler, vers un replat qu'ils connaissaient depuis des années. « Ils savent où il faut aller, dit-il. Les brebis suivent les et les suivent la mémoire. Laissez faire. » Il siffla ses chiens, les envoya quelques égarées sur les flancs, et le troupeau, comme aimanté par le son des cloches, se rassembla de lui-même à l'abri d'une barre rocheuse. Au matin, on compta : il ne manquait pas une bête.
Clémence retrouva le réseau deux jours plus tard, au village de Jausiers. Ses données montraient, pour la nuit de l'orage, un trou noir de neuf heures, que son algorithme interpréta consciencieusement comme une « perte totale du troupeau ». Elle rit pour la première fois depuis le départ, longtemps, assise sur une murette, sous le regard perplexe d'un qui mâchonnait une ronce. Baptiste s'assit à côté d'elle et lui offrit un morceau de tomme et une gorgée de vin coupé d'eau, ce qui, chez lui, valait un diplôme.
Elle rédigea son rapport à sous un Elle y défendit les colliers, sincèrement : ils permettaient de soigner plus vite, de retrouver les bêtes volées, d'alléger la tâche des jeunes bergers qui n'avaient pas soixante ans de dans les jambes. Mais elle ajouta une recommandation, que son responsable, à Lyon, lut deux fois avant de la valider : ne jamais équiper les « Il faut bien, écrivit-elle, que quelqu'un dans le troupeau continue de savoir le chemin sans qu'on le lui dise. »
Comprehension check
0/4 answered
1. What was Clémence's mission?
2. What are the "menons"?
3. What did Baptiste rely on during the storm?
4. What recommendation did Clémence add to her report?