Short story
La Lettre de madame Valade
A notary in Périgueux holds a sealed letter that a dead client's son may receive only if he contests her will, and the son does not want to contest it.
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Words to know (12)
- l'étude · notary's office
- la boiserie · wood panelling
- léguer · to bequeath
- le noyer · walnut tree
- la gouvernante · housekeeper
- la réserve héréditaire · share of an estate that French law reserves for children
- cacheté · sealed
- les dispositions · provisions (of a will)
- sans broncher · without flinching
- à contre-jour · against the light
- en bonne et due forme · in due form
- se poster · to station oneself
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Maître Bertrand Lascoux exerçait depuis trente ans à Périgueux, dans une aux sombres où les secrets de famille se transmettaient avec les terres, et il avait pour principe de ne jamais s'étonner. Le testament d'Hélène Valade, pourtant, l'avait fait sortir de sa réserve. La vieille dame, veuve d'un négociant en vins, l'intégralité de ses biens, une maison à Brantôme, quelques hectares de et un portefeuille d'actions fort convenable, à sa Josiane, qui l'avait servie pendant vingt-deux ans. Son fils unique, Laurent, ne recevait que la réserve que la loi interdit de lui retirer.
Le testament s'accompagnait d'une enveloppe au nom de Laurent, assortie d'une instruction écrite de la main de la défunte : « À ne remettre à mon fils que dans le cas où il contesterait mes S'il les accepte, la détruire sans l'ouvrir. » Maître Lascoux avait rangé l'enveloppe dans son coffre, entre un acte de vente et une donation, et l'avait regardée plus souvent qu'il n'aurait voulu l'admettre.
Laurent Valade vint à un jeudi de mars. C'était un homme d'une cinquantaine d'années, professeur de mathématiques à Bordeaux, divorcé, l'air fatigué de ceux qui ont trop longtemps attendu quelque chose qui n'est pas venu. Il écouta la lecture du testament sans À la fin, il resta un moment immobile, puis il dit d'une voix calme qu'il ne contesterait pas. « Ma mère a toujours su ce qu'elle voulait. Josiane a été là. Moi, non. C'est juste, sans doute. » Il signa ce qu'il fallait signer et partit sans serrer la main de personne.
Le notaire passa une mauvaise nuit. Il savait que l'instruction était claire, qu'elle liait sa conscience autant que sa profession, et qu'il devait désormais détruire l'enveloppe. Il savait aussi qu'il venait de voir un homme repartir avec, dans le regard, la certitude de n'avoir pas été aimé. Qu'y avait-il dans cette lettre ? Une explication, une accusation, un dernier reproche ? Une déclaration d'amour, peut-être, que la vieille dame n'avait jamais su faire de son vivant ? Il n'avait pas le droit de l'ouvrir. Il n'avait pas le droit de la remettre. Il avait seulement le droit de la brûler, et c'était le seul geste qui lui paraissait insupportable.
Pendant trois semaines, il remit au lendemain. Il consulta, sans les nommer, deux confrères, dont l'un lui conseilla de respecter la volonté de la morte et l'autre de prendre sa retraite. Il relut le code, où il ne trouva rien sur les lettres d'amour posthumes. Il se surprit, un soir, à tenir l'enveloppe à devant sa lampe de bureau, et la reposa avec la honte d'un collégien pris en faute. La loi, se dit-il, protège les vivants contre la volonté des morts ; elle ne protège pas les morts contre la tendresse des vivants.
Ce fut Laurent qui revint. Il se présenta sans rendez-vous, un vendredi soir, au moment où la secrétaire fermait Il avait l'air plus fatigué encore. « Je sais qu'il y a une lettre, dit-il. Josiane me l'a dit. Ma mère lui en avait parlé. Je ne veux rien d'autre. Ni la maison, ni les Je voudrais seulement la lettre. » Le notaire, la gorge serrée, lui expliqua la condition. La lettre ne pouvait être remise qu'en cas de contestation. Laurent le regarda longuement, puis, pour la première fois, il sourit. « Alors je conteste. »
Maître Lascoux, qui avait passé trente ans à se méfier des subtilités, admira celle-ci en silence. Il rédigea lui-même, sur un coin de bureau, une contestation en bonne et forme, que Laurent signa et dont tous deux savaient qu'elle serait retirée le lendemain matin. Puis il alla chercher l'enveloppe dans le coffre et la tendit au fils. Laurent l'ouvrit sur place, avec des gestes très lents. Elle ne contenait qu'une feuille, couverte de l'écriture serrée et penchée de sa mère. Il la lut, la relut, puis la tendit au notaire. « Lisez. Vous l'avez bien mérité. »
« Mon Laurent, si tu lis ceci, c'est que tu as contesté. Je savais que tu le ferais, et je savais que ce ne serait pas pour l'argent, car tu n'as jamais rien voulu de moi que ce que je ne savais pas te donner. J'ai laissé mes biens à Josiane parce qu'elle en a besoin et que toi, tu n'en as jamais eu besoin. Mais je t'ai laissé la seule chose qui m'importait : la certitude que tu viendrais la chercher. Je n'ai jamais su te le dire. Je t'aimais. J'avais seulement besoin que tu insistes. » Maître Lascoux rendit la feuille, se leva, et alla se longuement devant la fenêtre, pour des raisons qui ne regardaient que lui.
Comprehension check
0/4 answered
1. What did the instruction on the sealed envelope say?
2. Why can't the notary bring himself to burn the letter?
3. How does Laurent obtain the letter?
4. What does the mother reveal in her letter?