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Short story

Le Point-virgule disparu

In a pastiche of the French roman noir, a down-at-heel Marseille private eye is hired by a formidable proofreader to find out who stole a semicolon from a famous novelist's manuscript.

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Words to know (12)
  • caler · to wedge, prop
  • ganté · gloved
  • l'épreuve · proof (printing)
  • le placard · galley proof
  • le tiret cadratin · em dash
  • le mobile · motive
  • inexpiable · unforgivable, inexpiable
  • la lâcheté · cowardice
  • pondéré · measured, balanced
  • ôter · to take off, remove
  • en liquide · in cash
  • le pourboire · tip

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Il pleuvait sur Marseille comme il pleut dans les mauvais romans : de biais, avec insistance, et sans la moindre considération pour mon imperméable. J'avais quarante-six ans, un bureau au-dessus d'un kebab de la rue d'Aubagne et une réputation qui tenait tout entière dans le tiroir du bas, entre une bouteille de pastis et un revolver qui n'avait jamais servi qu'à la fenêtre. On m'appelait Castellani. Les gens qui m'aimaient bien m'appelaient aussi Castellani, ce qui en dit long sur ma vie sentimentale.

Elle entra à dix-sept heures douze. Je note l'heure parce que, dans ce métier, on note toujours l'heure ; ça ne sert à rien, mais ça donne l'air de quelqu'un qui sait quelque chose. Grande, de gris, un chignon serré comme une clause de confidentialité. Elle s'assit sans y avoir été invitée et posa sur mon bureau un manuscrit de quatre cents pages. « Monsieur Castellani, dit-elle, on m'a volé un point-virgule. »

Je crus d'abord à une plaisanterie. Puis je vis ses yeux, et je compris qu'on ne plaisantait pas avec Mme Hélène Vasseur-Ambrosi, correctrice en chef des Éditions du Vieux-Port depuis vingt-huit ans. Le manuscrit était le dernier roman de Rachid Benamar, l'écrivain le plus fêté de la ville, celui dont chaque phrase se vendait au poids de l'or. À la page deux cent dix-sept, elle avait placé, de sa propre main, un point-virgule. Un seul. Celui sur lequel reposait, m'expliqua-t-elle d'une voix qui tremblait à peine, tout l'équilibre du chapitre. Le lendemain, il avait disparu, remplacé par une vulgaire virgule. « Une virgule, répéta-t-elle, comme on dit un cadavre. »

J'acceptai l'affaire pour deux raisons : le loyer, et le gant gris. Je passai trois jours à fréquenter un monde dont j'ignorais tout, celui des des et des bons à tirer. J'interrogeai le maquettiste, un garçon pâle qui ne jurait que par les tirets  ; la stagiaire, qui confondait encore la virgule et l'apostrophe et fondit en larmes dès la deuxième question ; l'imprimeur, un vieux de la Belle de Mai qui sentait l'encre et l'anis, et qui me jura sur la tête de sa mère qu'il imprimait ce qu'on lui donnait, point à la ligne. Tout le monde avait un alibi. Tout le monde avait un Dans ce milieu, découvris-je, chacun nourrit contre la ponctuation d'autrui des haines

Ce fut le quatrième jour, au bar de la Marine, que la vérité me tomba dessus, avec l'élégance d'un piano qu'on lâche d'un cinquième étage. Benamar lui-même buvait seul, au comptoir. Je m'assis à côté de lui et je posai la page deux cent dix-sept entre nos deux verres. « Vous avez tué le point-virgule, dis-je. — Je l'ai libéré », répondit-il sans me regarder.

Il m'expliqua tout. Depuis vingt ans, Mme Vasseur-Ambrosi corrigeait ses livres. Depuis vingt ans, elle y semait des points-virgules comme d'autres sèment des petits cailloux, et lui, par par reconnaissance, par amour peut-être, les laissait pousser. Ses phrases avaient fini par lui ressembler, à elle : tenues, impeccables. Cette fois, il avait voulu une phrase à lui, une seule, qui courût sans frein jusqu'au bout de la page. Il était entré la nuit dans les bureaux, avec la clé qu'elle lui avait confiée autrefois, et il avait fait le coup lui-même, avec un stylo rouge et une main qui tremblait. « Vous savez ce qui est terrible ? ajouta-t-il. La phrase est moins bonne sans. Elle avait raison. Elle a toujours raison. »

Je rendis mon rapport le lendemain. Mme Vasseur-Ambrosi l'écouta debout, devant la fenêtre, et quand j'eus fini elle resta longtemps silencieuse. Puis elle son gant gris, prit son stylo et, dans la marge de la page deux cent dix-sept, barra le point-virgule cerclé de rouge qu'elle avait préparé pour le remettre à sa place. Elle laissa la virgule. « Laissons-lui celle-là, dit-elle. Après vingt ans, il est temps qu'il apprenne à respirer seul. »

Elle me paya en avec un Je n'ai jamais revu le gant gris. Mais depuis ce jour, chaque fois que j'écris un rapport, je m'arrête un instant avant de mettre un point-virgule ; et je me demande qui, dans ma phrase, a besoin qu'on le retienne.

Comprehension check

0/4 answered

1. What does Mme Vasseur-Ambrosi hire Castellani to investigate?

2. Who turns out to have removed the semicolon?

3. Why did Benamar remove it?

4. What does Mme Vasseur-Ambrosi decide in the end?