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Short story

Trois lettres

A juror at the assize court in Rennes must decide, by her inner conviction alone, the fate of a nurse who helped his own dying mother end her life.

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Words to know (12)
  • tirer au sort · to draw by lot
  • siéger · to sit (on a jury, a court)
  • la cour d'assises · assize court, which tries serious crimes with a jury
  • la dispense · exemption
  • le parquet · the public prosecutor's office
  • requérir · (of a prosecutor) to call for, to demand
  • l'assassinat · premeditated murder
  • le réquisitoire · prosecutor's closing speech
  • la sédation · sedation
  • le recueillement · contemplation, quiet reflection
  • l'intime conviction · inner conviction (the French standard of proof)
  • le bulletin · ballot paper

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Nadia Benali, quarante-quatre ans, expert-comptable à Vitré, avait reçu en janvier une lettre recommandée qui l'informait qu'elle avait été au sort pour comme jurée à la cour d'Ille-et-Vilaine. Elle avait d'abord cherché un motif de n'en avait trouvé aucun, et s'était présentée un lundi matin au palais du Parlement de Bretagne, à Rennes, avec la vague appréhension de quelqu'un qu'on convoque à un examen dont il ignore la matière.

L'affaire était de celles qui divisent les dîners de famille. Thierry Le Bihan, cinquante-deux ans, infirmier, était accusé d'avoir donné la mort à sa mère, atteinte d'une maladie neurodégénérative au stade terminal, en lui administrant une dose massive de morphine. Il ne niait rien. Il expliquait qu'elle le lui avait demandé, des dizaines de fois, tant qu'elle pouvait encore parler, puis par des clignements d'yeux quand elle ne le pouvait plus. Le une condamnation pour tout en laissant entendre, dans un d'une prudence remarquable, que la cour saurait mesurer la peine.

Pendant quatre jours, Nadia écouta. Elle entendit les médecins, qui parlaient de soins palliatifs et de profonde, de ce que la loi permettait et de ce qu'elle interdisait, avec des nuances si fines qu'elles semblaient tracées au scalpel. Elle entendit la sœur de l'accusé, qui l'accusait d'avoir agi seul, sans la prévenir, et qui pleurait de colère plus que de chagrin. Elle entendit un voisin, une aide-soignante, un prêtre. Elle regarda l'accusé, qui ne baissait jamais les yeux, et qui avait les mains d'un homme habitué à soigner.

Le dernier jour, avant que la cour se retire, le président lut à voix haute l'instruction que la loi impose de lire aux jurés, et qu'on affiche en gros caractères dans la salle des délibérations. Nadia la connaissait déjà ; on la leur avait montrée le premier matin. Elle l'entendit pourtant pour la première fois. La loi, disait en substance ce texte, ne demande pas aux juges de rendre compte des moyens par lesquels ils se sont convaincus. Elle leur demande seulement de s'interroger eux-mêmes, dans le silence et le et de chercher, dans la sincérité de leur conscience, quelle impression ont faite sur leur raison les preuves rapportées. Une seule question : avez-vous une conviction ?

La délibération dura sept heures. Les trois magistrats professionnels et les six jurés s'assirent autour d'une grande table ovale, sous l'affiche. On parla beaucoup. Un retraité de la SNCF affirma que la loi était la loi, et qu'on ne pouvait pas laisser chacun décider quand sa mère devait mourir. Une jeune étudiante en histoire répondit, la voix tremblante, qu'elle aurait fait la même chose. Un artisan de Fougères se tut pendant trois heures, puis dit simplement qu'il avait veillé son père et qu'il ne savait pas. Nadia, elle, ne disait rien. Elle était comptable : elle avait l'habitude des colonnes qui doivent s'équilibrer. Celle-ci ne s'équilibrait pas.

Car la question posée n'était pas celle qu'elle aurait voulu qu'on lui pose. On ne lui demandait pas si Thierry Le Bihan était un homme bon, ni s'il avait aimé sa mère, ni si la loi sur la fin de vie était juste. On lui demandait s'il était coupable d'avoir volontairement donné la mort. Et la réponse à cette question-là, elle la connaissait, au sens où l'on connaît un fait. Ce qu'elle ne savait pas, c'était si le mot « coupable » pouvait contenir à la fois tout ce qu'elle avait entendu. Elle songea qu'il n'existe peut-être pas de mot pour cela, et que c'était précisément pour cette raison qu'on avait inventé les jurés.

On distribua les Chacun devait écrire, seul, à l'abri d'une main ou d'un bras replié, un oui ou un non, puis le plier et le déposer dans l'urne. Il fallait sept voix sur neuf pour condamner. Nadia prit le stylo. Elle pensa à sa propre mère, qui vivait à Saint-Malo et lui téléphonait tous les dimanches à midi précis. Elle pensa aux clignements d'yeux. Elle pensa à la sœur, à sa colère, au fait qu'on peut aimer quelqu'un et lui voler quand même un adieu. Elle pensa que la sincérité de sa conscience ressemblait, ce soir-là, à une pièce sans fenêtre.

Elle écrivit trois lettres, plia le papier en quatre et le glissa dans l'urne. Plus tard, quand on lui demanda, comme à tous les jurés, de ne jamais révéler son vote, elle n'eut aucune peine à promettre. Elle s'aperçut, en rentrant à Vitré dans la nuit, qu'elle-même ne savait plus très bien ce qu'elle avait écrit, ou plutôt qu'elle savait avoir écrit les deux. Le dimanche suivant, à midi précis, le téléphone sonna. Elle laissa sonner trois fois, pour rien, pour le plaisir d'entendre qu'il sonnait encore, et elle décrocha.

Comprehension check

0/4 answered

1. What is Thierry Le Bihan accused of?

2. What does the law's instruction to jurors ask of them?

3. Why does Nadia feel the question she must answer is not the right one?

4. Why is the title "Trois lettres" deliberately ambiguous?