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Short story

Le Souper de madame d'Aubrac

At a Paris salon in 1772, a philosopher, an abbé and a doctor debate whether a dying man should be told the truth, and the question turns out to be less abstract than it seems.

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Words to know (12)
  • la chère · fare, food
  • le chanoine · canon (clergyman of a cathedral)
  • le faubourg · district (here the aristocratic Faubourg Saint-Germain)
  • taciturne · taciturn, silent
  • dérober · to steal, to rob
  • en connaissance de cause · with full knowledge of the facts
  • déguster · to savour
  • se crisper · to tighten, to tense
  • l'éventail · fan
  • l'embrasure · recess (of a window or door)
  • le carrosse · coach, carriage
  • s'incliner · to bow

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On soupait, le mardi, chez la marquise d'Aubrac, rue Saint-Dominique, et l'on y soupait moins pour la qui était honnête, que pour la conversation, qui ne l'était pas toujours. La marquise avait l'art de réunir autour d'une même table des gens qui ne se seraient jamais adressé la parole ailleurs, et de leur faire croire qu'ils s'étaient choisis. Ce soir de février 1772, il y avait là l'abbé Morel, de Notre-Dame, gourmand et subtil ; le docteur Lassagne, médecin de la moitié du homme qui passait pour savoir plus de secrets que tous les confesseurs de Paris ; et monsieur Duverger, philosophe, contributeur infatigable de l'Encyclopédie, qui n'avait jamais rencontré une certitude sans la mettre en question, sauf les siennes.

Ce fut la marquise qui lança le sujet, entre le potage et le rôti, comme on jette une balle à des chiens bien dressés. « Docteur, dit-elle, vous qui voyez mourir tant de monde : faut-il dire à un homme qu'il va mourir ? » Le docteur Lassagne posa sa fourchette, regarda ses convives un à un, et répondit qu'il préférait, pour cette fois, écouter. Il ajouta seulement que la question se posait à lui chaque semaine, et qu'il n'avait jamais trouvé deux fois la même réponse.

Duverger n'attendit pas qu'on le priât. La vérité, dit-il, était due à tout homme, et d'abord au mourant, parce qu'il était le seul à qui elle appartînt vraiment. Lui cacher sa fin, c'était le traiter en enfant, lui les dernières heures où il pouvait encore régler ses affaires, revoir ceux qu'il aimait, se réconcilier avec ses ennemis ou les maudire en de cause. « Le mensonge charitable, madame, est le plus insolent de tous. Il suppose que l'on sait mieux que l'autre ce que l'autre peut supporter. »

L'abbé Morel, qui un vin de Bourgogne avec une attention presque mystique, approuva, ce qui fit lever plus d'un sourcil. « Pour une fois, monsieur le philosophe et moi sommes d'accord, quoique pour des raisons opposées. Il faut dire la vérité au mourant, non pour qu'il règle ses affaires, mais pour qu'il règle son âme. Un homme qui meurt sans le savoir meurt sans confession, et je ne connais pas de cruauté plus grande que de l'envoyer devant son Juge sans qu'il ait pu préparer sa défense. » Duverger fit observer que, dans son système, le Juge en question n'existait pas ; l'abbé répondit que, dans le sien, cela ne changeait rien à l'urgence.

La marquise, elle, prit le parti du mensonge, avec une grâce qui le rendait presque respectable. Elle avait vu mourir son père, dit-elle, à qui l'on avait annoncé son état avec une franchise toute philosophique. Il avait passé ses trois dernières semaines à trembler, à compter les heures et à maudire les médecins. « Vous parlez de vérité, messieurs, comme d'un remède. C'en est un, parfois. Mais il y a des remèdes qui tuent plus sûrement que le mal. Je voudrais, moi, qu'on me laissât croire jusqu'au bout qu'il me reste un printemps. Je me charge de deviner le reste. »

La discussion dura jusqu'au dessert, brillante, animée, parfois méchante. Duverger cita Montaigne et Épicure, l'abbé saint Augustin, la marquise une tante de province qui avait dit les mêmes choses en moins de mots. Le docteur Lassagne, lui, n'avait toujours rien dit. Il regardait Duverger avec une attention singulière, que celui-ci, tout à son éloquence, ne remarqua pas. La marquise, qui remarquait tout, le remarqua, et sa main, un instant, se sur son

À la fin du souper, quand on passa au salon, le docteur prit le philosophe par le bras et l'entraîna dans d'une fenêtre. Il parla à voix basse. Il rappela à Duverger les douleurs qu'il ressentait au côté depuis l'automne, la toux qu'il disait sans importance, l'examen qu'il lui avait fait subir la semaine précédente, à sa demande, et dont il ne lui avait pas encore communiqué les conclusions. « Vous avez défendu la vérité avec beaucoup de force, ce soir, monsieur. Je vous ai écouté avec la plus grande attention. Vous la voulez donc, cette vérité ? »

Duverger regarda longtemps la rue Saint-Dominique, où les lanternes des se croisaient dans la neige. Puis il se retourna. Il était très pâle. « Demain, docteur, dit-il. Dites-la-moi demain. » Le docteur Derrière eux, la marquise d'Aubrac s'était approchée sans bruit. Elle ne dit rien, ni du mensonge ni de la vérité. Elle prit simplement le bras du philosophe, comme on le fait à une vieille et l'emmena vers le feu, où l'abbé racontait une histoire d'évêque qui fit rire tout le monde, y compris, à la surprise générale, monsieur Duverger.

Comprehension check

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1. Why does Duverger call the "charitable lie" the most insolent of all?

2. How does the abbé's position differ from Duverger's?

3. What experience lies behind the marquise's preference for the lie?

4. What is revealed at the end of the evening?