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Short story

Le Marchand de silence

A stranger arrives at the great market of Bamako selling jars that he says contain silence, and a shea-butter seller decides to find out what he is really after.

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Words to know (12)
  • l'harmattan · dry, dusty wind from the Sahara
  • le mil · millet
  • le boubou · long, loose robe worn in West Africa
  • le karité · shea (butter)
  • le vacarme · din, racket
  • marchander · to haggle
  • s'offusquer · to take offence
  • jaser · to gossip
  • pétarader · to backfire, to roar noisily
  • le pagne · wrap of printed cloth
  • l'ouïe · hearing
  • la terre battue · beaten earth, packed dirt floor

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On raconte, au Grand Marché de Bamako, qu'un étranger arriva un jour de la saison chaude, quand a cessé de souffler et que l'air pèse sur les épaules comme un sac de Il portait un d'un bleu passé et poussait une charrette chargée de jarres en terre cuite, toutes fermées par un bouchon de cire. Il s'installa entre le vendeur de piles et la marchande de une femme d'une cinquantaine d'années qui s'appelait Aminata Coulibaly et qui avait, disait-on, la langue la plus prompte du marché.

« Qu'est-ce que tu vends là-dedans ? demanda-t-elle. — Du silence, répondit l'homme. — Du silence ? Ici ? Mon frère, tu t'es trompé de pays. » Elle rit, et tout le marché rit avec elle, ce qui faisait un considérable, entre les klaxons des motos, les radios, les poulets qu'on et les enfants qui couraient entre les étals. L'étranger ne pas. Il prit une jarre, la tendit au vendeur de piles et dit : « Ouvre-la ce soir, quand tu seras seul. Tu me paieras demain si tu es content. »

Le lendemain, le vendeur de piles revint avec des yeux qu'on ne lui connaissait pas. Il paya sans discuter et n'en parla à personne, ce qui, à Bamako, valait toutes les réclames du monde. Avant la fin de la semaine, l'étranger avait vendu cent jarres. On en achetait pour dormir, pour prier, pour réfléchir à un mariage ou à un divorce. Un fonctionnaire en acheta six, ce qui fit beaucoup

Mais le silence, comme toutes les marchandises, a ses effets secondaires. Ceux qui en avaient goûté revenaient au marché un peu changés. L'un avait entendu, pour la première fois depuis des années, la voix de sa propre conscience, et l'avait trouvée fort désagréable. Une autre s'était souvenue d'un fils parti en Europe qu'elle n'appelait plus. Le tailleur, lui, avait compris dans le calme de sa chambre qu'il n'aimait pas son métier. Le silence ne contenait rien, voilà tout ; mais dans ce rien, chacun retrouvait ce qu'il avait passé sa vie à couvrir de bruit.

Aminata, elle, n'acheta pas de jarre. Elle observait l'étranger. Elle avait remarqué qu'il ne se retournait jamais quand on l'appelait, qu'il fixait les lèvres de ses clients avec une attention excessive, et qu'il ne sursautait pas lorsque les motos à deux pas de lui. Un soir, au moment où il rangeait sa charrette, elle se planta devant lui et lui parla sans remuer la bouche, en se cachant derrière son Il ne répondit pas. Elle baissa le tissu. « Tu n'entends rien, n'est-ce pas ? »

L'homme resta longtemps immobile. Puis il raconta, lentement, qu'il était musicien autrefois, joueur de kora dans un village près de Ségou, et qu'une fièvre lui avait pris en une nuit, à trente ans. Depuis, il vivait dans un silence total, sans fin, sans rives. « Vous autres, vous avez trop de bruit et vous ne savez pas quoi en faire. Moi, j'ai trop de silence. Je me suis dit que je pouvais au moins vendre ce que j'avais en trop. — Et ce que tu n'as plus, demanda Aminata, qui te le vendra ? »

Elle ne dit rien d'autre. Elle alla chercher son voisin de quartier, un vieux joueur de djembé, l'installa sur la terre et fit asseoir l'étranger à côté de lui, pieds nus, les paumes posées à plat sur le sol. Le vieux commença à frapper. Doucement d'abord, puis plus fort. Et l'on vit le visage de l'étranger se défaire, comme une étoffe qu'on dénoue, car le rythme lui montait par les pieds, par les mains, par les os, et ce n'était plus du son mais c'était encore de la musique.

Il resta à Bamako. On dit qu'il joue de nouveau, assis par terre, et que ses morceaux ont une manière très particulière de s'arrêter, comme s'il savait mieux que personne ce qu'il y a après la dernière note. Quant aux jarres, il en reste quelques-unes chez Aminata. Elle ne les vend pas. Elle les prête, dit-elle, mais seulement à ceux qui ont déjà su écouter quelqu'un d'autre.

Comprehension check

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1. How does the stranger make his first sale?

2. What do the buyers discover in the silence?

3. What clues lead Aminata to understand that the stranger is deaf?

4. How does Aminata give the stranger back music?