Short story
Le Mot de la fin
A grand old actor of the Comédie-Française has spent forty years polishing his last words, but death keeps failing to show up on cue.
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Words to know (11)
- le sociétaire · full member (of the Comédie-Française)
- raturer · to cross out
- arrêter · to settle on, fix
- l'entracte · interval, intermission
- l'habilleuse · dresser (theatre)
- le verglas · black ice
- la réplique · line (theatre); retort
- la déférence · deference
- l'aide-soignante · care assistant
- la lassitude · weariness
- le combiné · telephone receiver
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Maxence Dulac-Ferrand, honoraire de la Comédie-Française, avait joué six fois le Misanthrope, onze fois l'Avare et une fois, au festival d'Avignon, un arbre, ce qu'il considérait comme le sommet de sa carrière. Mais l'œuvre de sa vie, celle à laquelle il travaillait en secret depuis l'âge de quarante-cinq ans, tenait en une phrase : ses dernières paroles. Il les avait écrites, réécrites, essayées devant le miroir, en alexandrins, en prose, en latin. Il avait fini par une version, qu'il gardait pliée dans son portefeuille, derrière sa carte Vitale : « Le rideau tombe ; ce n'est pas une raison pour que le public s'en aille. »
La première fois qu'il crut mourir, ce fut en 2009, d'un infarctus, dans sa loge, pendant Il eut le temps de saisir la main d'une de la regarder dans les yeux et de prononcer la phrase avec une diction admirable. pleura. Le Samu arriva. On le sauva. Trois semaines plus tard, il remontait sur scène, et qui avait raconté l'anecdote à tout le monde, ne lui adressa plus la parole qu'avec une froideur de veuve trompée.
La deuxième fois, ce fut à quatre-vingt-un ans, d'une pneumonie, à l'hôpital Lariboisière. Il avait, cette fois, un public plus nombreux : deux neveux, un ancien partenaire de scène et un journaliste du Figaro, prévenu par un neveu qui pensait à l'héritage. Il dit sa phrase. Le journaliste la nota. Le lendemain matin, la fièvre tomba. L'article, déjà rédigé, ne parut jamais, mais la phrase, elle, fit le tour de Paris, et l'on vit des comédiens débutants la citer en riant au bar du Nemours. Le neveu, lui, ne revint jamais : il avait, disait-il, déjà fait son deuil.
La troisième fois fut la pire. Une chute dans l'escalier de son immeuble, rue de Richelieu, une nuit de Il eut le temps, avant de perdre connaissance, de déclamer la phrase au gardien de l'immeuble, qui lui répondit : « Oui, monsieur Dulac, je sais, vous me l'avez déjà faite. » Il s'en remit, du crâne. De la beaucoup moins. Une dernière parole qu'on a prononcée trois fois, songeait-il, n'est plus une dernière parole : c'est un numéro.
Il entra, à quatre-vingt-huit ans, dans une maison de retraite de Neuilly où on le traitait avec la un peu lasse qu'on réserve aux monuments historiques. Une seule personne lui parlait vraiment : une de trente ans, Fatoumata Camara, qui lui apportait son thé à quatre heures et lui faisait réciter du Racine pour lui entretenir la mémoire. Il lui racontait en échange des histoires de coulisses dont les trois quarts étaient inventés et le dernier quart, pire encore. Elle connaissait la phrase, bien sûr. Tout le monde la connaissait. Un jour, elle lui demanda s'il avait pensé à en écrire une autre. Il la regarda longuement. « Ma chère enfant, dit-il, on n'a qu'une seule dernière Le problème, c'est qu'on ne sait jamais laquelle c'est. »
Il mourut un mardi de mars, à seize heures, sans prévenir personne. Fatoumata était seule avec lui. Elle venait de poser le thé. Il porta la tasse à ses lèvres, fit la grimace, la reposa, et dit avec une immense d'artiste, en levant la main comme pour une répétition : « Attendez, je la refais. » Puis il ferma les yeux, et ce fut tout.
Le lendemain, un journaliste appela la maison de retraite. Il voulait savoir quelles avaient été les dernières paroles du grand Dulac-Ferrand. Fatoumata réfléchit un instant, la main sur le Elle pensa au portefeuille, à la carte Vitale, aux quarante ans de travail. Puis elle répondit, d'une voix ferme, sans une hésitation : « Il a dit : Le rideau tombe ; ce n'est pas une raison pour que le public s'en aille. » Le journaliste nota. On grava la phrase sur sa tombe, au cimetière Montmartre. Et Fatoumata garda pour elle la vraie, qu'elle trouvait bien meilleure. Elle ne la confia qu'une fois, à sa mère, qui en rit pendant une semaine.
Comprehension check
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1. What does Maxence consider the summit of his career?
2. Why does the building's caretaker spoil Maxence's third "last words"?
3. What were Maxence's real last words?
4. What does Fatoumata tell the journalist?