Short story
Le Train de 4 h 44
A conte fantastique in the Swiss Jura: a night nurse who has missed her last train sees an unscheduled one pull into La Chaux-de-Fonds station at 4:44 in the morning.
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Words to know (11)
- le cheminot · railwayman
- la garde · duty (night shift)
- tiré au cordeau · ruler-straight
- l'avant-toit · canopy, eaves
- le natel · mobile phone (Swiss)
- septante · seventy (Swiss, Belgian)
- fané · wilted
- l'étui · case
- poinçonner · to punch (a ticket)
- hocher la tête · to nod
- apaisé · at peace, soothed
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En Suisse, chacun le sait, les trains ne sont jamais en retard ; ou, s'ils le sont, c'est de quarante secondes, et l'on s'en excuse par haut-parleur. Il en est un, pourtant, qui ne figure dans aucun horaire, et dont les du Jura parlent à voix basse, au café, quand il n'y a plus que des habitués : le 4 h 44 de La Chaux-de-Fonds. Je n'y croyais pas. Je suis infirmière ; je crois aux constantes, aux dosages et aux heures de
Cette nuit de février, j'avais manqué le dernier train pour Neuchâtel, à cause d'un patient qui ne voulait pas lâcher ma main. Il neigeait sur la ville, sur ses rues tirées au sur ses immeubles d'horlogers aux grandes fenêtres. La gare était fermée ; je m'étais assise sous mon éteint, en attendant le premier train de cinq heures et des poussières. À quatre heures quarante-quatre précises, un convoi entra en gare sans le moindre bruit. Des voitures vertes, à l'ancienne, avec des rideaux de velours et des lampes jaunes. Les portes s'ouvrirent. Je montai, je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce qu'il faisait chaud dedans.
Il y avait peu de monde. Un homme en costume des années un bouquet de fleurs sur les genoux. Une jeune femme avec une valise et un à violon. Un garçon d'une dizaine d'années, un cartable sur le dos, qui regardait la neige. Le contrôleur arriva, un homme âgé, en uniforme d'un autre siècle, la casquette impeccable. Il ne demandait pas les billets. Il se penchait vers chacun et demandait, avec une douceur infinie : « Où l'avez-vous manqué ? »
L'homme au bouquet répondit : « À Bienne, en 1974. Elle m'attendait sur le quai. » La jeune femme : « À Genève. Une audition, au Conservatoire. J'avais vingt ans. » Le garçon ne répondit pas ; il tendit seulement un billet d'enfant, très ancien, et le contrôleur le comme on bénit. Puis il fut devant moi. Je n'eus pas besoin de réfléchir. « À Saint-Imier, dis-je. Il y a deux ans. Ma mère est morte à l'hôpital à quatre heures quarante-quatre. J'étais de ici. Je suis arrivée à six heures. » Il la tête, perfora un petit carton jaune et me le tendit : Saint-Imier, 4 h 44. « Vous aurez trois minutes », dit-il.
Le train ralentit. Par la fenêtre, je vis l'hôpital de Saint-Imier, sa façade grise, et au deuxième étage une seule chambre éclairée. Je savais laquelle. Je me levai. J'avais la main sur la poignée de la porte quand je me souvins de ce que je faisais, moi, cette nuit-là, à quatre heures quarante-quatre. Je tenais la main de M. Girardin, quatre-vingt-sept ans, dont les enfants vivaient au Canada et qui avait peur, terriblement peur, de mourir seul. Il était mort à cinq heures moins dix, en me demandant si j'étais sa fille. J'avais répondu oui.
Si je descendais, ma mère ne mourrait pas seule. Mais M. Girardin, si. Je restai debout, la main sur la poignée, pendant les trois minutes les plus longues de ma vie. Puis les portes se refermèrent et le train repartit. Le contrôleur repassa. Il me regarda avec une sorte de respect étonné. « C'est rare, dit-il. La plupart descendent. — Et ceux qui descendent ? » Il ajusta sa casquette. « Ils ne reprennent jamais le train. Ils restent à l'heure qu'ils ont choisie. » Je regardai les autres voyageurs. Le siège de l'homme au bouquet était vide.
Je me réveillai en gare de Neuchâtel, à cinq heures cinquante-deux, dans un train régional ordinaire, à l'heure exacte, la tête contre la vitre. Personne ne m'avait vue monter. Dans la poche de ma blouse, je trouvai un petit carton jaune : Saint-Imier, 4 h 44. En travers, d'une écriture fine, quelqu'un avait ajouté : non utilisé, valable.
Je le dans mon portefeuille. Je n'ai jamais revu le train. Je ne le cherche pas. Mais certaines nuits, à l'hôpital, quand je tiens la main de quelqu'un qui a peur, je regarde l'horloge du couloir, et il me semble que, quelque part dans la neige, ma mère, elle aussi, tenait la main de quelqu'un.
Comprehension check
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1. Why did the narrator miss her last train?
2. What does the conductor ask each passenger?
3. Why does the narrator not get off at Saint-Imier?
4. What happens to the passengers who get off?