Short story
Le Perruquier de Versailles
A royal wigmaker who has kept the court's secrets for thirty years is offered a fortune for a compromising letter, and discovers who wants to buy it.
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Words to know (12)
- le perruquier · wigmaker, hairdresser
- le crin · horsehair
- le fermier général · tax farmer (very rich private tax collector)
- démêler · to untangle
- la papillote · curl paper
- le libelle · libel, scandalous pamphlet
- sous le manteau · secretly, under the counter
- doter · to give a dowry to
- l'établi · workbench
- la braise · ember
- le louis · louis d'or, gold coin
- l'orfèvre · goldsmith
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Anselme Brodin coiffait la cour depuis trente ans, et la cour, sous ses mains, parlait. On ne se figure pas ce qu'une duchesse peut confier à l'homme qui lui tient la tête pendant trois heures, entre les fers chauds et la poudre d'iris, sous un échafaudage de de gaze et de plumes qui la rend momentanément aussi immobile qu'une statue de jardin. Brodin avait entendu des aveux d'adultère, des projets de mariage, des dettes de jeu à faire pâlir un général, et deux ou trois secrets d'État. Il n'en avait jamais répété un seul mot. C'était, disait-il, sa seule noblesse.
Au printemps de 1787, en une perruque que la marquise de Saint-Florent lui avait fait porter en hâte, il trouva, roulée dans le chignon comme une une lettre. Il n'eut besoin que d'en lire trois lignes pour comprendre qu'elle n'était pas de son mari, et quatre de plus pour reconnaître, au style plus encore qu'à la signature, un prince du sang. Il la replia avec le soin qu'on met à désamorcer une mine. Il savait ce que valait ce papier, dans un Paris où les se vendaient sous le à prix d'or et où la réputation des grands se défaisait plus vite qu'une boucle sous la pluie.
Or Brodin avait une fille, Rosalie, qu'il voulait marier à un honnête de la rue Saint-Honoré, et pas de quoi la Il avait aussi une boutique dont les loyers montaient et des clientes qui payaient à Pâques ou à la Trinité, c'est-à-dire jamais. Il garda la lettre une semaine dans le tiroir de son comme on garde une dans la main en se demandant combien de temps on la supportera.
Ce fut l'acheteur qui vint à lui. Un soir, un jeune homme en habit noir, le chapeau baissé, entra dans la boutique après la fermeture et lui proposa, sans préambule, deux cents pour la lettre de la marquise. Il ne fut pas nécessaire d'expliquer comment il en connaissait l'existence : les valets de Versailles ont des oreilles, et les oreilles ont des tarifs. Deux cents La dot de Rosalie, la boutique sauvée, dix ans de tranquillité. Brodin ouvrit le tiroir. C'est alors que le jeune homme ôta son chapeau, et que le reconnut son fils.
Il ne l'avait pas vu depuis trois ans. Lucien était parti un matin en claquant la porte, criant qu'il ne passerait pas sa vie à poudrer des têtes qui ne pensaient qu'à elles-mêmes. On le disait à Londres, ou en prison, ou chez les gazetiers de Hollande. Il écrivait, en réalité, des pamphlets anonymes contre la cour, qui se vendaient fort bien et que son père, sans le savoir, avait lus avec plaisir. « Ce n'est pas la marquise que je vise, dit Lucien. Ni le prince. C'est le monde où mon père doit se taire pour manger. »
Le vieil homme regarda longtemps la lettre, puis son fils. Il pensa à tout ce qu'il avait entendu en trente ans, à toutes ces têtes vaines et désespérées qu'il avait tenues entre ses mains, à cette duchesse qui pleurait sous sa perruque le fils qu'on lui avait pris pour l'armée, à cette comtesse qui lui avait demandé, un matin, s'il croyait en Dieu, parce qu'elle n'osait le demander à son confesseur. Le monde de Lucien était juste, peut-être. Mais on n'y entrerait pas, pensa-t-il, en vendant les larmes des autres.
Il approcha la lettre de la chandelle. Lucien fit un mouvement, puis s'arrêta. Le papier se tordit, noircit et tomba en cendres sur le marbre de au milieu des épingles. « Si tu veux renverser ce monde, mon garçon, dit le commence par ne pas lui ressembler. Ce monde-là achète les secrets. Le tien devrait avoir mieux à faire. » Lucien ne répondit rien. Il remit son chapeau, puis, sur le seuil, se retourna et demanda à son père s'il pouvait revenir dîner dimanche.
Deux ans plus tard, la Bastille tomba. On vit, dans les clubs, un orateur nommé Lucien Brodin plaider avec une éloquence remarquable pour la liberté de la presse et, ce qui étonna ses amis, pour le secret des correspondances. Son père, lui, coiffa jusqu'en 1792 ce qui restait de la cour, puis des députés, puis, dit-on, quelques citoyennes de la Convention, qui lui confiaient leurs secrets exactement comme les duchesses. Il n'en répéta jamais un mot. Rosalie épousa son La dot, on ne sut jamais d'où elle venait ; Lucien, qu'on interrogea, répondit que ses pamphlets s'étaient fort bien vendus.
Comprehension check
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1. What did Anselme Brodin consider his "only nobility"?
2. Why is Brodin tempted to sell the letter?
3. What does Lucien say he is really attacking?
4. What does the ending suggest about the daughter's dowry?