Short story
Une seule phrase
Told in one single sentence, a consultant stranded by a delayed train at Lyon Part-Dieu drifts to the end of a platform and remembers her father, a railwayman.
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Words to know (11)
- en coin · wry (smile)
- grincer · to squeak, creak
- s'indigner · to be indignant
- la ferveur · fervour
- l'aiguillage · points, railway switch
- le cheminot · railwayman
- le gilet fluorescent · high-visibility vest
- le boîtier · box, casing
- le pelage · coat, fur (of an animal)
- le dépôt · depot (railway)
- emballer · to wrap
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Il fallut que le TGV de dix-huit heures quatre pour Marseille fût annoncé, sur le grand tableau de la gare de la Part-Dieu, avec un retard de quarante minutes, puis de soixante, puis d'une durée indéterminée que la voix enregistrée, d'une douceur insupportable, attribuait à un « incident de signalisation », expression qui ne voulait rien dire et que son père, quand elle était petite, prononçait toujours avec un sourire en comme on prononce le nom d'un vieil ennemi qu'on a fini par aimer,
il fallut que Nadia Ferhat, quarante-quatre ans, consultante, deux téléphones et une valise à roulettes dont une roue renonçât d'abord à puis à envoyer des messages, puis à chercher une place assise dans le hall où des centaines de voyageurs debout contemplaient le tableau avec la résignée des fidèles devant un autel muet,
il fallut qu'un enfant, assis sur une valise à côté d'elle, demandât à sa mère pourquoi les trains s'arrêtaient quand ils étaient malades, et que la mère, épuisée, répondît que les trains ne tombaient jamais malades, qu'ils attendaient seulement que quelqu'un vienne les soigner, ce qui fit sourire Nadia pour la première fois de la journée, d'un sourire qu'elle ne s'expliqua pas et qui lui laissa dans la bouche un goût ancien de pain d'épices et d'huile de moteur, le goût exact du bleu de travail que son père accrochait le soir derrière la porte de la cuisine,
il fallut encore qu'elle se laissât porter, faute de mieux, jusqu'au bout d'un quai, là où les gens ne vont jamais, là où le béton s'arrête et où commencent les rails, les les câbles, tout ce paysage de fer que son père, à Oullins pendant trente-sept ans, appelait la tuyauterie du monde, et qu'elle vît, dans la lumière orange du soir, un vieil homme en fluorescent remonter lentement les voies avec une lampe, s'arrêter devant un l'ouvrir, y glisser la main comme on la glisse dans le d'une bête, et rester là, immobile, à écouter,
pour qu'elle se souvînt, et ce souvenir la traversa avec la brutalité d'un train qui passe sans s'arrêter, des samedis où son père l'emmenait, toute petite, au d'Oullins, la main dans sa grande main, des locomotives endormies qu'il lui présentait par leur nom comme des chevaux, et de la phrase qu'il répétait en la soulevant pour qu'elle vît l'intérieur d'un moteur : « Tu vois, ma fille, un retard, c'est juste le temps que quelqu'un prend pour bien faire les choses, quelque part, sans que personne le voie »,
et qu'elle comprît enfin, là, sur ce quai, avec trente ans de retard et une valise qui que cette phrase n'avait jamais parlé de trains, mais de lui, de ces nuits qu'il passait sur les voies pendant qu'elle dormait, de ces anniversaires où il arrivait en retard, les mains noires, un cadeau mal sous le bras, et qu'elle lui avait tant reprochés, à l'adolescence, puis plus tard, puis jusqu'à la fin, jusqu'à cet hiver où il était mort à l'hôpital Lyon-Sud pendant qu'elle se trouvait, elle, dans un avion, en route vers une réunion importante dont elle avait depuis longtemps oublié le sujet, mais non pas le silence de son téléphone à l'atterrissage, ni les quatre messages de sa mère, ni la voix de l'infirmière qui lui avait dit au matin, sans savoir ce qu'elle disait, qu'il avait attendu jusqu'au bout ;
si bien que, lorsque la voix annonça enfin, avec la même douceur, que le train de dix-huit heures quatre était prêt au départ, Nadia Ferhat resta encore un moment au bout du quai, ses deux téléphones éteints, les yeux encore pleins de cette lumière orange, à regarder le vieil homme au fluorescent refermer son et s'éloigner sur les rails, et qu'elle leva la main, sans savoir pourquoi, pour le saluer, comme on salue quelqu'un qui a bien fait son travail et qui ne le saura jamais.
Comprehension check
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1. What is unusual about the way this story is written?
2. What did Nadia's father do for a living?
3. What does Nadia see at the end of the platform?
4. What does she finally understand about her father's saying?