Deep End
← Mastery stories

Short story

Mémoires d'un chat de Montparnasse

In the grand manner of a court memoirist, the resident cat of a Montparnasse café chronicles the rise of a dangerous new favourite.

Tap a dotted word for its meaning.

Words to know (12)
  • agréer · to please, suit
  • le bien · property, fortune
  • l'ardoise · slate
  • outrageant · outrageous, insulting
  • la disgrâce · disfavour
  • l'embûche · trap, pitfall
  • la pelote · ball (of wool)
  • tenir bon · to hold firm
  • le dénouement · outcome, denouement
  • la corbeille · basket
  • l'allure · pace, speed
  • sur le tard · late in life

Select any text to highlight it, or a word to translate it or save it to your flashcards.

J'entreprends ces Mémoires à l'âge de onze ans, ce qui chez les miens équivaut à la maturité la plus accomplie, et je les entreprends parce que j'ai vu, dans le court espace d'un règne, plus de révolutions qu'un honnête chat n'en devrait voir en neuf vies. Je fus nommé Talleyrand par la Souveraine, Mme Linh Nguyen, propriétaire du Café des Quatre-Vents, boulevard du Montparnasse ; le nom  ; j'en ai depuis lors porté la dignité sans faiblir, et le plus souvent sur le comptoir.

Ma cour était petite, mais choisie. Le premier des habitués était un vieux poète nommé M. Abdelkader, homme de mérite, de peu de d'une politesse ancienne, et qui me cédait chaque matin la moitié de son croissant : je n'ai jamais connu de plus grand seigneur. Venait ensuite le serveur Florian, garçon fait, de figure agréable, d'esprit court, qui me poussait du pied pour passer, ce que je lui ai pardonné, mais non pas oublié. La Souveraine elle-même, femme d'un grand sens et d'une main ferme, gouvernait la caisse, la machine à café et les humeurs de chacun avec une égalité que j'ai rarement observée chez les princes. Les autres ne méritent pas qu'on s'y arrête : c'étaient des étudiants, des touristes et des gens qui travaillent sur des ordinateurs, espèce nombreuse et sans conversation.

Ce fut un mardi de mars que parut celui que j'appellerai, faute de lui connaître un nom qui le distinguât, l'Aspirant. Il était rond, plat, d'un gris et n'avait ni yeux ni oreilles ; il se déplaçait seul, en ronronnant d'une façon que je jugeai tout de suite car le ronronnement est un privilège, et il ne se trouve pas dans le royaume une créature qui l'ait reçu sans l'avoir mérité. La Souveraine le présenta à la salle avec une tendresse que je ne lui avais jamais vue que pour moi.

Il s'éleva avec une rapidité qui confond. En huit jours, il eut ses heures, ses entrées, son coin près du radiateur, qui était le mien, et une petite maison de plastique où il se retirait, disait-on, pour se recharger, comme font les ministres. Florian lui parlait. Les clients le photographiaient. Le vieux poète lui-même, que j'avais cru inaccessible à la flatterie, lui consacra un sonnet. J'appris alors ce que c'est que la  : le croissant me fut servi entier, mais sans tendresse, et dans une soucoupe.

Je résolus de le perdre. Je ne rapporterai pas le détail de mes manœuvres, qui ne sont pas toutes à mon honneur. Je lui dressai des de de laine, où il s'étrangla deux fois ; je fis tomber sur son passage un verre de diabolo menthe, dont on me soupçonna sans pouvoir rien prouver ; je dormis trois nuits sur sa petite maison pour qu'il ne pût y rentrer. Il bon. Il avait sur moi cet avantage terrible des êtres sans âme, qui est de ne jamais se décourager, et cet autre, plus terrible encore, de ne jamais s'apercevoir qu'on le hait.

Le vint d'où je ne l'attendais pas. Un soir de grand froid, la Souveraine, en fermant, oublia d'éteindre l'Aspirant, qui erra longtemps dans la salle obscure et vint mourir, je veux dire s'immobiliser, contre ma Je m'aperçus qu'il était tiède. Je m'aperçus encore qu'il était exactement de la largeur de ma personne. Je m'y assis, par curiosité et sans la moindre intention de pardonner, et ce que nul courtisan n'eût osé imaginer arriva : il repartit, et il me promena.

Depuis lors, on me voit chaque matin faire le tour de la salle, porté à petite sur l'Aspirant, avec cette gravité que le rang exige et que les clients, qui ne savent rien, prennent pour de la paresse. Ils me filment ; on m'assure que je suis célèbre dans des pays où je n'irai jamais. Le poète a écrit un second sonnet, qui m'est dédié. J'ai compris, sur le la grande leçon des cours : on ne renverse pas un favori ; on monte dessus.

Comprehension check

0/4 answered

1. Who gives Talleyrand half of his croissant every morning?

2. Why does the cat find the Aspirant's "purring" outrageous?

3. What happens on the cold night when the robot is left switched on?

4. What lesson about court life does the cat draw?