Short story
Une vie à rebours
The story of a Dakar couple is told backwards, from a widow's evening on the corniche to the morning, forty-five years earlier, when everything began.
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Words to know (12)
- la tirelire · piggy bank
- le pot de départ · leaving drinks
- la promotion · year group, class
- la lueur · glow, glimmer
- la sage-femme · midwife
- le fromager · kapok tree
- faire la tête · to sulk
- la chambre de bonne · maid's room, attic room
- brinquebalant · rattling, rickety
- s'entêter · to dig in one's heels
- la page de garde · flyleaf
- maugréer · to grumble
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2023. Sur la corniche de Dakar, à l'heure où le soleil tombe dans l'Atlantique comme une pièce dans une Aïssatou Ndiaye, soixante et onze ans, s'assoit seule sur le banc de béton face aux Mamelles. Elle a apporté le vieux transistor d'Ousmane. Elle l'allume, cherche la station, tombe sur une chanson de l'Orchestra Baobab. Elle sourit. Ils ne se sont jamais mis d'accord sur cette chanson. Il la trouvait sublime ; elle la trouvait trop longue. Elle l'écoute jusqu'au bout, pour la première fois, et pour la première fois elle ne la trouve pas trop longue.
2009. de départ à la retraite de M. Ousmane Diallo, professeur d'histoire au lycée Blaise-Diagne. Dans son discours, après avoir remercié l'inspecteur, les collègues et trente-quatre d'élèves, il se tourne vers le premier rang : « Je remercie enfin ma femme, qui m'a contredit tous les jours depuis trente ans, et qui avait raison une fois sur deux, ce qui, pour un historien, est une moyenne exceptionnelle. » Le proviseur lui offre une montre ; les élèves, un ballon dédicacé ; Aïssatou, rien du tout, puisqu'elle lui a déjà tout dit. Toute la salle rit. Aïssatou ne rit pas. Elle compte, sur ses doigts, et trouve qu'il a sous-estimé la moyenne.
1994. Le franc CFA vient de perdre la moitié de sa valeur, et la ville entière fait ses comptes à voix haute. Au marché Sandaga, on efface les prix à la craie pour en écrire de nouveaux, et le pain a doublé en une nuit. Dans une maternité de la Médina, pendant une coupure de courant, une petite fille vient au monde à la d'une bougie qu'Ousmane tient au-dessus de la d'une main qui tremble. On la prénommera Mariama, comme la grand-mère d'Aïssatou. Ousmane voulait Khady. Ils en discuteront plus tard, de longues années, avec beaucoup de plaisir.
1981. Mariage à Saint-Louis, dans la cour de la maison familiale, sous les La mère d'Aïssatou fait la : un professeur, sans fortune, qui parle trop et qui écrit mal. Le marié a exigé l'Orchestra Baobab ; la mariée a exigé qu'on ne joue pas plus de trois fois la même chanson. On la joue sept fois. À la septième, elle danse quand même, et c'est la photo qui restera sur le buffet pendant quarante ans.
1979. Une lettre arrive de Paris, où Ousmane prépare l'agrégation dans une chambre de du cinquième arrondissement. Elle fait quatre pages. Il y parle de la neige, du froid, de la solitude, et il y avoue, au détour d'une phrase compliquée, qu'il pense à elle. Aïssatou la lit deux fois. Puis elle prend un stylo rouge, corrige onze fautes d'orthographe, et la lui renvoie, sans un mot de plus. Il répond par retour du courrier : douze pages, zéro faute. Elle les relit trois fois, pour vérifier.
1978. Dans un car rapide qui file de Rufisque vers le Plateau, bondé, peint de couleurs vives, un jeune homme en chemise blanche se lève pour céder sa place à une jeune femme chargée de livres. Elle refuse. Elle ne s'assoit pas, dit-elle, sur la politesse d'un inconnu. Il insiste ; elle ; ils se disputent jusqu'au marché Sandaga sur la question de savoir si la galanterie est une forme de respect ou de condescendance. Elle descend furieuse. Sur la banquette, elle a oublié un livre. Il l'ouvre. Sur la page de une écriture appliquée : Aïssatou Ndiaye, et une adresse.
1978, le même jour, à sept heures du matin. Dans une petite maison de Rufisque, une jeune femme de vingt-six ans attrape son sac, ses livres, une mangue, et cherche ses chaussures en Elle va être en retard. Sa mère, depuis la cuisine, lui crie : « Prends au moins un livre de moins, tu vas te casser le dos ! » Aïssatou ne l'écoute pas. Elle ne l'a jamais écoutée. Elle sort dans la lumière, sans savoir qu'elle a toute la vie devant elle, ou derrière elle, selon le sens dans lequel on la lit.
Comprehension check
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1. What does Aïssatou do differently in 2023 with the Orchestra Baobab song?
2. How does Aïssatou respond to Ousmane's first love letter?
3. What do they argue about on the bus when they first meet?
4. How did Ousmane find out Aïssatou's name and address?